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Pour un front des travailleurs contre l’UE du Capital

juin 2010

Le NON au Traité constitutionnel fut
majoritaire en mai 2005, l’abstention
aux élections fut majoritaire en mars
2010 : l’Union Européenne est massivement
rejetée par les travailleurs français depuis plusieurs
années. Et ce ne sont pas les derniers
événements liés à la « crise grecque » qui pourront
redorer son blason, bien au contraire :
« l’aide » de l’UE à la Grèce ne constitue rien
d’autre, en fait, qu’un étranglement de son peuple
(à lire ci– dessus notre article sur la Grèce).
Depuis la naissance de l’UE, les masques des
promesses et des illusions semées tombent les
uns après les autres ; et ses méfaits sont plus
visibles que jamais. La bataille pour le retrait de
l’UE est indissociable de la lutte générale pour
la démocratie et les droits des peuples, la lutte
contre le capitalisme.

Une « Union » pour qui et contre qui ?

En 1950, Jean Monnet, négociant en alcools
forts, et « père fondateur de l’UE », s’enivrait
de belles promesses : « Union des peuples dans
la liberté et la diversité… un nouvel épanouissement
et une nouvelle renaissance… ». 40 ans
plus tard, Jacques Delors donnait une tout autre
couleur à son rêve « fédéraliste », pour défendre
le Traité de Maastricht : « L’Europe doit se
préparer aux guerres pour gagner la bataille
pour les ressources premières ». Ces propos
bellicistes éclairent les véritables fondements de
l’UE : dès le départ, il s’agit non pas d’une
« union des peuples », mais d’une coalition
stratégique d’États (France, Royaume-Uni,
Allemagne, Italie) cherchant à étendre le
champ d’application de leurs visées impérialistes,
afin de conquérir de nouveaux marchés et
de satisfaire leur soif de profit maximum. Elle
s’est dotée d’un embryon d’armée, l’Eurocorps,
dont le mot d’ordre (« Une force pour l’UE et
l’Alliance atlantique ») rappelle son allégeance
au maître états-unien, dont elle espère tirer
quelques miettes dans le partage des marchés
mondiaux.

En s’élargissant à d’autres pays européens,
l’UE a montré la lutte concurrentielle qui se
joue en son sein entre États impérialistes : le
dépeçage meurtrier de la Yougoslavie en 1999,
puis la participation de certains États à la guerre
contre l’Irak en 2004, ont notamment mis en
lumière la logique de blocs créés autour de tel
ou tel État, dans un but purement hégémonique.
Cette loi de la concurrence, moteur du système
capitaliste, ne peut qu’exacerber les inégalités
entre États européens : des « maillons faibles
 » (Grèce, Portugal, Espagne) apparaissent,
dans le cadre totalitaire des « critères » de
Maastricht dictés par les monopoles ; ces mauvais
élèves sont désignés par les « agences de
notation financière », avant que ne s’abattent
sur leurs peuples les « cures d’austérité
 » (c’est-à-dire la paupérisation absolue) commandées
par l’UE et le FMI.

Sombre bilan social

Paupérisation du plus grand nombre, affaiblissement
des économies et enrichissement des
oligarques, voilà le bilan réel de l’UE. Depuis
l’Acte unique (1986) fondé sur la « libre circulation
des capitaux, personnes, emplois, marchandises
 », jusqu’au Traité de Lisbonne
(2007) et son dogme de la « concurrence libre
et non faussée », le programme
néolibéral
(véritable programme
commun stratégique entre
les partis sociauxdémocrates
et les partis
réactionnaires) s’applique
invariablement : privatisations
des services publics,
recul de l’âge du départ en
retraite vers 65/67 ans,
allongement du temps de
travail, blocage des salaires,
aboutissant à une régression
généralisée des conditions de travail et
de niveau de vie. La prospérité de l’Europe ? La
réalité est aujourd’hui celle d’un taux de chômage
à 10 % (+ 4 points en 2 ans), avec 15
millions de privés d’emploi, dont 19,7 % ont
moins de 25 ans ; c’est aussi celle d’un endettement
endémique alimenté par les politiques
néolibérales (voir tableau).

BCE (Banque centrale européenne) et euro, principaux outils de
l’agression contre les peuples et leur souveraineté

L’euro a servi à cacher une forte inflation (cf
tableau ci–contre) et à faire s’effondrer la valeur
réelle des salaires en Europe, le salaire
moyen annuel dans le secteur industriel (16 792
euros en 2005) ayant baissé de 0,5 % par rapport
à 2000. La prétendue solidité de l’euro a
vécu. Même si certains monopoles (comme
EADS) ont trouvé leur compte à la forte baisse
de la monnaie européenne, en augmentant le
volume de leurs exportations, les eurotechnocrates
s’inquiètent des effets économiques
et politiques d’une dévaluation persistante
de l’euro. Malheur à ceux qui auraient des velléités
de retrouver leur liberté monétaire : une
note de la BCE, parue en janvier 2010, précise
que « 50 ans de construction européenne ont
créé un nouvel ordre juridique qui transcende
le concept largement obsolète de souveraineté
et impose une limitation permanente du droit
des États ». Le message est clair : conservez
l’euro, coupez à la hache dans vos dépenses,
pressurez vos peuples, ou gare au retour de
bâton !

L’UE, terre de prédilection pour les rapaces du capital

L’enjeu, pour les oligarques, est de préserver et
développer leurs privilèges et de ne subir en aucune
manière les effets de la crise qu’ils ont provoquée.
Grâce aux aides de leurs États, les 10 plus
grandes banques européennes ont annoncé des
profits de 50 milliards d’euros en 2009 (hausse de
20 % depuis 2008), leurs actifs ayant doublé entre
2004 et 2009, et les salaires de ces patrons ont été
augmentés de 30 % en 2009. À l’annonce du plan
de sauvetage de 750 milliards d’euros avec 5 %
d’intérêts (pris sur l’argent des travailleurs), destiné
à garantir le remboursement des dettes publiques
européennes, on a assisté à une envolée des
Bourses et valeurs bancaires (+10 % au CAC 40,
+24% pour la Société générale, + 21 % pour la
BNP, + 13 % pour la Deutsche Bank), preuve s’il
en est de la rapacité permanente de la classe capitaliste.

Solidarité internationale et front populaire pour le retrait de l’UE

Le peuple grec ne s’y est pas trompé, en se dressant
massivement, depuis deux mois, contre sa
« ploutocratie », c’est-à-dire contre le pouvoir capitaliste
dans son ensemble : monopoles, banques,
gouvernement du PASOK à leurs ordres, UE et
FMI, imposent aux seuls travailleurs leurs
« mesures barbares » et des « sacrifices » qu’aucun
peuple, en Europe, ne doit accepter. La solidarité
est plus que jamais en marche, car les victoires
populaires arrachées dans un pays sont autant de
remparts contre les attaques programmées dans les
autres pays.

Comme nous y invitent le Parti communiste grec
et l’organisation de masse PAME, opposons notre
union des travailleurs d’Europe au cartel destructeur
de l’UE : à bas le capitalisme, sortons de
l’UE, nous ne paierons pas leur crise !