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Sarkozy le petit : un pion du Capital vacille sur ses bases…

septembre 2010

Depuis l’élection présidentielle
de mai 2007, nos
publications ont régulièrement
analysé, d’un point de vue de
classe, la forme institutionnelle particulière
que revêt le « sarkozysme »
comme émanation de la dictature
des monopoles. Sous Sarkozy, s’est
renforcé le caractère autocratique
de la présidence, qu’a instauré la
Constitution de la 5ème République
depuis 1958, pour personnaliser à
l’extrême la représentation étatique,
et permettre aux directives
monopolistes d’entrer plus rapidement
en vigueur ; « le bonapartisme
comme forme de dictature politique
du capitalisme en période de crise
de la démocratie bourgeoise
 », écrivions-
nous dès octobre 2007 (IC n°
82). Sarkozy, comme certains de ses
prédécesseurs (Napoléon III, Pétain,
de Gaulle…) - mais sans doute avec
plus de médiocrité -, a donc endossé
ce costume de « président-guide »,
cherchant par tous les moyens à
casser toute idée d’opposition à son
pouvoir.

Les outils du pouvoir
autocratique

Il s’est doté des outils de ce pouvoir
monarchique, au risque d’ailleurs de
déchirer le voile de l’illusion démocratique
qui recouvre la dictature capitaliste
depuis plusieurs décennies ; au
risque, donc, que la contestation sociale
se transforme en insurrection de nature
politique :

● un gouvernement « ouvert » aux
transfuges du social-libéralisme
(Kouchner, Besson) pour paraître « audessus
 » des partis, tandis que socialdémocratie
et syndicalisme
« rassemblé » travaillent de concert
pour contenir les effets du mécontentement
populaire

● des médias audio-visuels plus muselés
que jamais par la nomination de
leurs dirigeants par l’Élysée
(permettant en juin 2010 le licenciement
d’humoristes irrespectueux à Radio-
France)

● une justice aux ordres, avec la suppression
des seuls juges indépendants,
les juges d’instruction, tandis que certains
procureurs, amis personnels de
Sarkozy, peuvent empêcher la poursuite
d’une enquête gênante pour le pouvoir
(exemple de Philippe Courroye, dans
l’affaire Woerth-Bettencourt)

● un Parlement, déjà simple chambre
d’enregistrement des décisions de
l’exécutif, obéissant de plus en plus à la
voix de son seul maître Sarkozy ; et où
l’opposition, jusqu’ici réduite au rôle
de « caution démocratique », voit ses
droits d’intervention considérablement
réduits (temps de parole et droit d’amender
limités depuis mars 2009).

Autant de piliers d’une citadelle qui
doit permettre à l’oligarchie capitaliste
de tenir, en période de crise, dans sa
recherche de plus-value absolue et de
surprofits. Car la paupérisation d’un
nombre croissant de travailleurs, et la
polarisation extrême, avec toujours plus
de riches engraissés par l’argent populaire,
ne peuvent que susciter un formidable
mécontentement, jusqu’à l’insurrection,
l’histoire l’a montré.

L’édifice a d’ailleurs commencé à bien
se fissurer, avec les grandes mobilisations
des derniers mois contre le projet
Woerth sur les retraites, avec l’échec
cuisant de la « majorité présidentielle »
aux élections régionales, les derniers
sondages, qui confirment une très forte
baisse de popularité pour Sarkozy, et le
scandale concernant l’un de ses principaux
ministres, Eric Woerth.

Scandale Woerth / Bettencourt
 : l’arbre qui ne
cache pas la forêt…

Tout au long de l’été, se sont égrenées
les révélations sur les formes de collusion
et de corruption à l’oeuvre entre
grand patronat et dirigeants politiques,
avec ce qu’on a appelé « l’affaire
Woerth-Bettencourt » : une enveloppe
tirée d’un compte suisse de la principale
actionnaire de L’Oréal, pour financer
la campagne de Sarkozy ; une évasion
et une fraude fiscales que le ministre
trésorier de l’UMP se charge de
laisser impunies, contre une place dorée
pour sa femme aux côtés des gestionnaires
de la fortune Bettencourt ; et les
remerciements du ministre sous la
forme de Légions d’honneur offertes
aux amis de la riche dame, ainsi que
son feu vert pour le licenciement de
délégués syndicaux de l’usine Molex en
mars 2010 (P. de Maistre et E. de Sérigny).

Il n’y a rien d’étonnant dans ces révélations,
pour nous marxistes-léninistes,
qui dénonçons quotidiennement un État
non pas « au-dessus » mais au service
du Capital, donc intrinsèquement corrompu.
Nous y voyons une preuve de
plus de la justesse de nos analyses. Une
preuve aussi que le pouvoir sarkozyste
est peut-être en train de vaciller sur ses
bases. Il est vraisemblable que la classe
capitaliste, si elle doit « lâcher son poulain
Sarkozy » pour sauver ses meubles,
a d’autres cartes à jouer, pour 2012, à
commencer par celle de l’alternance
sociale-libérale d’un Strauss-Kahn ou
d’une Aubry… Notre vigilance s’impose,
donc, en matière d’analyse politique.

Croisade sécuritaire et
xénophobe sur fond
d’idéologie
pétainiste

En attendant, l’écran de fumée choisi
par Sarkozy pour tenter de faire reculer
au second plan cette affaire, c’est
l’usage de son fonds de commerce idéologique
favori, déjà bien éprouvé au
ministère de l’Intérieur : un discours
sécuritaire et xénophobe, qui, à partir
du moindre fait divers, jette à la vindicte
publique des catégories entières
de la population. Parents d’enfants
« délinquants », gens du voyage, Français
d’origine étrangère, autant de boucs
émissaires désignés par Sarkozy, dans
une stratégie de division devenue indispensable
au capital. Et comme le moindre
de ses discours fait force de loi, ses
ministres zélés se mettent en action à
chacune de ses sorties : ainsi voit-on un
Besson, ministre de l’Immigration,
ressortir un amendement (contre lequel
il avait voté en 1998 comme député du
PS !) pour déchoir des Français de leur
nationalité, reprenant une proposition
tirée du programme du Front national,
et d’inspiration directement pétainiste ;
ainsi voit-on un Hortefeux, ministre de
l’Intérieur condamné en juin pour
« injure à caractère racial », enclencher,
au lendemain du discours de Sarkozy à
Grenoble, un vaste plan de rafles et de
charters contre les Roms, avec la complicité
du gouvernement roumain.

L’URCF dans la bataille
pour les droits
démocratiques

En tant que communistes, nous nous
inscrivons pleinement dans la dénonciation
permanente d’une telle politique,
et nous nous associons à des initiatives
telles que « L’appel citoyen contre la
xénophobie et la politique du pilori
 »,
pétition lancée le 4 août. Notre programme
se donne comme axes de lutte
immédiate la défense des droits et libertés
démocratiques et le combat contre
les ségrégations et discriminations.

Mais il faut, pour attaquer le mal à la
racine, exiger l’abrogation de la 5ème
République, et l’élection d’une Assemblée
constituante, permettant d’aller
vers une « République démocratique,
cadre le plus favorable pour l’expression
de la souveraineté populaire par
les luttes de classes, et outil de défense
le plus approprié pour revendiquer le
contrôle populaire.
 » (2006, Programme
de l’URCF). Car sans réel pouvoir aux
travailleurs, sans contrôle populaire,
nous ne serons jamais à l’abri des
« petits Sarkozy » du Capital…