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Majorité parlementaire contre majorité populaire

novembre 2010

L’Assemblée nationale et le Sénat
ont voté le projet gouvernemental
du recul de l’âge du départ à la
retraite.

Pourtant, la majorité de la
population s’est opposée à cette
réforme qui nous fait revenir
trente ans en arrière. Elle a montré
son opposition aussi bien dans la
rue que dans les différents sondages.
Journées nationales d’actions,
grèves massives et reconductibles,
etc. Le mouvement social a isolé le
gouvernement, réduit à s’appuyer
sur sa seule inspiratrice, la classe
capitaliste.

Le parlement, majoritairement à
droite, a ignoré, avec arrogance, les
revendications des travailleurs,
préférant satisfaire son pré carré,
plutôt que les électeurs. C’est, d’autre
part, dans la proposition d’allonger
la durée de cotisation de six
mois, que nous voyons la duplicité
des forces de la social-démocratie.
Le gouvernement nous dit qu’il
faut accepter le choix de la majorité
parlementaire, qui a force de loi.

C’est vouloir faire oublier certaines
leçons de l’histoire. La majorité
parlementaire n’est pas toujours
l’expression de la légitimité populaire.
Prenons deux exemples : en
1936, suite aux grèves massives
pour les quarante heures et les
congés payés, le parlement va se
faire l’écho de la volonté populaire.
La pression populaire ne s’exerçant
plus avec force, c’est cette même
chambre du Front Populaire qui, en
1940, accordera les pleins pouvoirs
à Pétain (sauf les députés communistes).
La légitimité historique
sera ensuite incarnée par la Résistance
tout entière, ce qui se confirmera
par les élections de 1945, où,
comme résultat de la résistance
armée anti-fasciste, les gouvernements
de coalition avec les représentants
communistes, promulgueront
les réformes sociales les plus
avancées que notre pays ait
connues. Plus près de nous, en
2005, la majorité des députés et
sénateurs (UMP PS UDF), soit plus
de 95 % des parlementaires, ont
appelé à voter OUI au référendum
sur le Traité Constitutionnel Européen.
Leur légitimité parlementaire
a subi un rude démenti de la majorité
populaire. A son tour, pourtant,
cette véritable majorité populaire
sera bafouée par le recours au seul
vote parlementaire pour faire voter,
au forceps, la nouvelle mouture
du TCE.

L’histoire du parlementarisme
bourgeois regorge d’exemples où le
peuple a été lésé de son choix.
Ces exemples historiques significatifs
doivent nous inciter, comme
le disait Lénine, à dénoncer le parlementarisme,
quand il s’oppose
aux intérêts de la majorité populaire
 ; et à agir d’en bas, afin que
l’expression des travailleurs en
lutte devienne, par sa radicalité,
force de loi.