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Bilan de l’affrontement de classes sur les retraites (II)

janvier 2011

Les insuffisances du
mouvement

Après avoir analysé les aspects positifs et combatifs
du mouvement contre la réforme Woerth, la défaite
nous oblige à en mesurer les insuffisances, pour les
corriger collectivement lors du prochain affrontement
de classes. Les directions syndicales ont
d’emblée refusé la politisation du mouvement, en
autolimitant les luttes, par la non-dénonciation de
l’ensemble de la politique gouvernementale. Le
recul de l’âge de la retraite à 62/67 ans n’est pas
une mesure isolée du reste : baisse du pouvoir d’achat,
chômage, cadeaux fiscaux et « aides aux entreprises
 ». La politique du Capital, de Sarkozy et
de l’UE est de continuer à liquider toutes les
conquêtes sociales du XXème siècle.

Ces limites strictes données au mouvement par
les directions syndicales se reflètent dans l’absence
d’un mot d’ordre central et unique. Le mouvement
a ainsi été laissé volontairement dans son hétérogénéité
de départ. Certains (majoritaires à la fin) se
battaient pour le rejet pur et simple de la réforme ;
d’autres, plus influencés par les directions, se prononçaient
pour « une bonne réforme » avec concertation
et négociation, en mettant l’accent sur la pénibilité.

Dans cet ordre d’idée, il s’agissait de
« peser » par les manifestations pour obliger le pouvoir
à ouvrir des négociations pour aboutir à un
compromis acceptable par les deux parties.
« Compromis » à la fois rejeté par beaucoup de
travailleurs voulant sauver leur retraite à 60 ans et
par Sarkozy, déjà en campagne, désireux de montrer
sa force au Capital et à ses électeurs. Le primat
à la concertation, cher au syndicalisme d’aménagement,
met en réalité au second plan le mouvement
de grève, au bénéfice de « journées d’actions et de
manifestations », qui ne bloquent pas la production.

Les directions ont d’emblée opté pour des grèves
« carrées » d’une journée, espacées, tournant le dos
à un mouvement de grève continue.

A l’inverse, les secteurs les plus combatifs se
sont engagés dans une grève continue, parce que
leurs fédérations ou syndicats sont restés des défenseurs
du syndicalisme de classe et de masse.

Le mécontentement et la colère ont été plus forts
que l’attentisme des états-majors : le grand acquis
du mouvement, ce sont les grèves reconductibles
qui mettent l’accent sur le primat de la grève, seule
façon efficace de faire fléchir le patronat en lésant
ses profits !

Les directions nationales, si
elles ont eu l’intelligence de ne
pas condamner, n’ont rien fait
pour soutenir et élargir le
mouvement ou organiser la relève
secteur après secteur. Elles
ont laissé pourrir la situation
en isolant l’avant-garde.

La nécessité
de l’internationalisation
des luttes

A l’heure où les politiques de chaque Etat capitaliste
européen sont coordonnées dans le cadre de
l’UE, le défaut d’internationalisation des luttes rend
la victoire encore plus difficile. Toutes les classes
ouvrières du Portugal, d’Espagne, de Grèce, d’Italie
se battent ; mais, ce qui manque, c’est une stratégie
de grèves internationales, alors que, dans chaque
pays, le Capital fait payer sa crise aux travailleurs.

C’est la voie à construire pour faire plier l’UE, les
gouvernements. Mais pour réaliser cet objectif, il
faut se doter d’une structure syndicale internationale
de lutte de classes. La CES (Confédération
européenne des syndicats) soutenue par l’oligarchie
financière, qu’elle sert avec efficacité, a prouvé,
une fois de plus, sa faillite dans le mouvement. De
la base, les syndicats et syndicalistes doivent rejoindre
le bureau européen de la FSM (Fédération syndicale
mondiale) afin que les luttes puissent être
coordonnées à l’échelle du continent.

Et la grève générale ?

Le ralliement au syndicalisme d’accompagnement
et d’aménagement signifie le soutien des directions
syndicales au capitalisme. Certes, elles peuvent
condamner les « excès » du système mais, pour
elles, « l’économie de marché » est incontournable
et parfois même, dans leur esprit, garante des
« libertés ! » Cette pensée découle de l’appartenance
de ces messieurs et dames à une couche sociale
intermédiaire, la bureaucratie issue du monde
du travail mais liée par des privilèges à l’Etat capitaliste
et au patronat. Ne rêvons pas, la grève générale
avec de telles directions est plus que difficile à
mettre en oeuvre. (il est significatif que pour la première
fois de son histoire, le secrétaire général de la
CGT ait condamné en termes violents le concept
même de « grève générale »).

Le mouvement a montré que la contradiction entre
la base combative et les directions s’est aiguisée.
Pour les luttes futures contre les mauvais coups qui
se préparent, tout dépendra de la base et de sa capacité
à la désobéissance civile et syndicale, afin de
sauver les conquêtes restantes et d’en conquérir de
nouvelles par une bataille continue.

Cette action de la base serait facilitée par une coordination
de tous ceux qui ont fait la grève reconductible.

La grève générale ne se décrète pas, mais se prépare
patiemment, entreprise par entreprise. C’est là
le moyen le plus large (mais le plus difficile) pour
frapper fort et exercer une pression maximale sur le
pouvoir et le Capital. L’efficacité exige la formation
d’un comité national de grèves, élu par les représentants
des divers secteurs en lutte, afin de
coordonner et impulser le mouvement autour des
revendications urgentes fondamentales. Ce sont là
les enseignements précieux des grandes luttes victorieuses
du passé. Apprendre de ses insuffisances
et défaites, disait Lénine, telle est la voie pour vaincre
demain !

Commission ouvrière