Accueil > France > Capitalisme et formation professionnelle

Capitalisme et formation professionnelle

janvier 2011

Sélection scolaire,
sélection de classe

Pour Marx, l’école est l’un des instruments
de la dictature du Capital
pour permettre la reproduction, génération
après génération, des rapports
de production capitaliste. Cet
appareil scolaire, du fait de son caractère
massif, est traversé par les
luttes de classes. Cependant, malgré
le professionnalisme, le dévouement
des personnels et les luttes syndicales,
les monopoles par l’intermédiaire
du ministère et des recteurs,
assurent la domination de classe du
Capital qui va se manifester par son
instrumentalisation de l’école.
En période de réaction aggravée,
la bourgeoisie va passer à l’offensive
et tenter de liquider ce qu’il reste de
démocratique dans le système scolaire.

C’est le sens des contreréformes
entreprises depuis des
décennies.

Comment l’école reproduit-elle la
division du travail et les rapports de
production capitalistes ?

C’est tout d’abord le contenu des
programmes, étroitement supervisés
par la haute bureaucratie scolaire,
liée au système capitaliste. Les
programmes privilégient l’abstraction
au détriment de l’expérience et
de la pratique. Ce qui défavorise les
enfants des classes populaires. L’éveil
à la pensée critique est minoré.
La philosophie n’est enseignée qu’en
terminale et pas en lycée professionnel,
les références culturelles étant
celles de la bourgeoisie. Ensuite, le
savoir-être, la psychomotricité, la
note de vie scolaire, tout cela va opérer
d’autres discriminations de
classe. Ainsi les études au collège
vers 15 ans vont s’achever par une
sélection. Les « bons » élèves, ceux
qui sont le mieux adaptés à l’institution
vont être dirigés vers le lycée
général avec une filière d’excellence,
la série « S » (mathématiques) qui
ouvre la porte aux grandes écoles et
faculté de médecine.

Les études
professionnelles et
industrielles.

Pour les autres, c’est l’orientation
vers la voie professionnelle. Une
minorité choisit ce type d’études
mais pour la grande majorité, ce
choix est opéré par défaut. Un échec
dans les LP ou les CFA conduit à la
sortie prématurée du système scolaire,
à l’absence de qualification,
aux risques d’exclusion sociale.

La réforme dite du Bac Professionnel
en 3 ans obéit à une double finalité.

Tout d’abord, conformément à
l’austérité généralisée prônée par le
gouvernement, opérer des économies
drastiques par les suppressions
d’heures et de postes, la précarisation
croissante des professeurs
(puisque les concours dans certaines
disciplines techniques ont été supprimés).

Ensuite, le second objectif
est d’adapter la future main d’oeuvre
aux besoins utilitaires du patronat,
finalité technico-idéologique, en pérennisant
et développant une division
catégorielle entre futurs ouvriers.

En effet, à côté du Bac Pro 3
ans, existe le CAP en 2 ans).
Les titulaires du CAP sont voués en
secteur industriel ou bureautique,
aux tâches répétitives, d’exécution
souvent dans des PME, gage de bas
salaires et souvent d’absence de véritables
libertés syndicales. Il s’agit
de la formation d’un nouveau type
d’OS (ouvriers « spécialisés » signifiant
pratiquant toujours les mêmes
tâches). Les titulaires de Bac Pro
sont appelés à devenir ouvriers professionnels.

Ces transformations
sont étroitement liées aux mutations
du capitalisme français : la désindustrialisation
et le transfert des activités
productives dans les ateliersmonde,
voulus par l’oligarchie financière
française pour réaliser le profit
maximum, entraîne une transformation
progressive dans la composition
du prolétariat. Le travail industriel
restant en France se concentre autour
de l’installation, de la maintenance
et non plus autour des tâches
de fabrication des moyens de production
(comme les machinesoutils).

Cette segmentation se retrouve
en apprentissage. Les PME
assurent les contrats d’apprentissage
en CAP, les grandes entreprises
en Bac Pro avec une tendance à
créer des CFA « dédiés » (c’est-à-dire
des établissements étroitement
contrôlés par les entreprises) à la
SNCF, à EDF, GDF-SUEZ où le
contrôle de l’entreprise est permanent
et où les jeunes diplômés sont
formés dans le cadre des besoins
stricts de l’entreprise.

De manière générale, quand le
capitalisme est en crise, les Lycées
Professionnels sont affaiblis au détriment
de l’apprentissage. Cependant,
la crise actuelle est d’une telle
gravité que les entreprises hésitent
malgré les aides financières à signer
des contrats, ce qui met fin à l’apprentissage
et laisse le jeune à la rue
(plus de 60 000 jeunes sans contrat
en 2010).

Les programmes des Etablissements
professionnels dans le domaine
technique ne mettent plus en
avant que le savoir-être du jeune ;
qu’entend le patronat par savoirêtre
 : l’adaptabilité (c’est-à-dire, la
capacité à faire ce que l’on exige), la
« présentation », le projet personnel
et professionnel afin que très tôt, il
s’oriente vers tel domaine précis
plutôt que dans une polyvalence qui
ouvre plus de choix aux jeunes. L’adaptabilité
pour les élèves de LP va
se vérifier dans des stages en entreprise
obligatoires, comptant pour le
Bac et durant au total en Bac Pro : 22
semaines, stages scandaleusement
non rémunérés qui offrent ainsi une
main d’oeuvre gratuite au patronat.

Des mesures
d’urgence
.

Les personnels éducatifs et les usagers
parents et élèves doivent contribuer
à valoriser les études professionnelles
de jeunes écartés de la
voie générale. Ensuite, combattre la
ségrégation sociale de classe qui fait
que la majorité des élèves de LP et de
CFA (plus de 80 %) est issue de familles
ouvrières ou employés, se battre
pour la rémunération des jeunes en
stage, pour la défense des emplois
publics.

Rappelons aussi que, dans les pays
socialistes, conformément aux voeux
de Marx, l’enseignement avait un
caractère polytechnique, c’est-à-dire
que tous les jeunes apprenaient le
travail industriel et agricole, en plus
de leur enseignement classique.
(dans le prochain numéro : le
sens de la Réforme du Bac
STI)

Commission
éducation