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Grèce - Irlande : la crise est à venir !

janvier 2011

Sans entrer dans les détails,
on peut rappeler qu’à la fin
de 2009, brusquement on
apprenait que la Grèce était
dans une situation de quasi-faillite,
due à sa dette publique
« astronomique ». À partir de là, le
gouvernement social-démocrate aux
ordres de(s) l’impérialisme(s) dominant(
s) en Grèce, mettait sur pied un
vaste plan d’attaque contre les travailleurs
et le peuple de son pays,
plan qui devait s’aggraver tout au
long de l’année 2010. La situation de
la Grèce a provoqué un effet domino,
révélant au grand jour qu’un
certain nombre d’États capitalistes,
des plus puissants aux plus faibles,
ont des niveaux d’endettement pharaoniques,
et que l’Union Européenne,
par sa politique (et son caractère)
de classe, vise à « dégager »
tout ce qui peut freiner le drainage à
l’échelle sociale de toutes les ressources
pour le Capital financier.

Car l’endettement de la Grèce n’est
pas seulement la conséquence de
simples malversations, ni d’un système
local où la corruption bipartite
est pourtant légendaire. Il plonge ses
racines par exemple dans le coût
astronomique des Jeux olympiques
de 2004 (9 milliards d’euros, soit
54% des richesses annuelles produites)
ou dans le budget militaire,
Athènes étant le plus gros importateur
d’armes de l’UE en terme relatif.

L’entrée de la Grèce dans la zone
euro, qui revenait à mettre en adéquation
l’économie grecque, l’une
des plus faibles de l’UE avec l’économie
allemande, a démultiplié le
problème. C’est d’ailleurs pour lui
permettre de faire partie du club de
l’Euro que les gouvernements, avec
l’aide des banques, ont falsifié les
données rendues publiques, avec
l’aval de la Commission de Bruxelles.

Toujours est-il que les marchés
financiers se sont inquiétés, car toute
la zone euro était ébranlée, que l’effondrement
du système financier et
monétaire grec menaçait l’Euro
« fort », cher à l’impérialisme allemand.

Ce dernier, dans un premier
temps, semblait prêt à sacrifier Athènes,
à l’inverse de son compère français,
qui réclamait un « plan d’aide
européen », même si théoriquement
les traités à la base de l’UE l’interdisaient.

Les banques françaises et
allemandes détiennent 80% de la
dette grecque, et Paris (comme Berlin,
mais pour d’autres raisons) avait
plaidé la cause de l’intégration de la
Grèce dans la zone euro, avec une
fougue compréhensible : la France
étant son second fournisseur en armement,
il valait mieux être payé en
euro/mark qu’en drachmes de l’époque
 ! La divergence entre Paris et
Berlin peut s’expliquer par plusieurs
raisons (au-delà des contradictions
d’intérêts de fond entre les deux
impérialismes dominant l’UE). Entre
autres, les banques françaises sont
exposées à hauteur de 79 milliards
d’euros (sur un total européen de
189 milliards) pour 43 milliards pour
les banques allemandes.

Or la crise de la dette publique
grecque, dont on nous rebat les oreilles,
est surtout la crise des banques
grecques : ce sont elles qui ont souscrit
43% de ces emprunts. Or ce sont
les banques françaises qui dominent
le secteur bancaire grec : le Crédit
Agricole possède la banque Emporiki
(24 milliards d’engagement), Société
Générale la banque Géniki,
mais aussi BNP-Paribas… Et pour
boucler le tout, une partie de la dette
a été contractée auprès des gestionnaires
de fonds collectifs (fonds
mutuels et fonds de pension pour
37%). Or la finance française a misé
gros sur l’assurance-vie pour attirer
les petits épargnants. Et les compagnies
d’assurance ont massivement
acheté des obligations grecques (on
parle de 20 milliards d’euros). Une
décote de 30% de la dette grecque
représenterait une perte de 6 milliards,
or certains analystes estiment
qu’en cas de défaut, la perte pourrait
être de l’ordre de 50 à 70%. La solidarité
avec Athènes n’est donc pas
pour Paris - mais qui en douterait ?-
un témoignage de respect pour les
humanités classiques, mais une solidarité
avec… le Capital financier
français (CQFD !).

Le désaccord avec Berlin s’exprimait
sous la forme simpliste de l’absence
de mécanisme d’aide pour un
État financièrement en difficulté. De
plus, et ça ne s’invente pas, la Banque
centrale européenne se voit interdit,
par ses statuts, de prêter de
l’argent aux États pour combler leur
dette. Or la même banque prête aux
banques privées : en 2008, elle a
sauvé un certain nombre d’entre
elles de la faillite. Et ces banques
déposent en garantie auprès d’elle…
des obligations d’État, dont celles de
l’État grec ! (Ça, c’est le Traité de
Lisbonne, un traité purement
« technique », comme dirait Sarkozy
ou les dirigeants du PS). La Banque
Européenne d’Investissement, quant
à elle, ne peut prêter de l’argent à un
État pour affronter sa dette, mais par
contre, elle peut financer des projets
qui ont pour conséquence d’augmenter
la dette publique des États,
comme les Jeux Olympiques ! Il est
incontestable que l’Allemagne a
bougé (ce qui ne veut pas dire que
Paris l’a emporté). Ce serait dû à
deux éléments : au fur et à mesure
que les mois passaient,
l’ampleur de la crise financière
grecque s’élargissait, et les banques
allemandes se voyaient
cependant menacées de pertes
conséquentes, mais c’est l’effet
domino qui a joué le rôle majeur.

La révélation de la crise
irlandaise, véritable faillite des
politiques mises en place par le
Capital européen au travers de
l’UE, a frappé de plein fouet le
Capital financier allemand, les
banques et les fonds de gestion
allemands étant impliqués dans
cette crise de la même manière
que le Capital financier français
l’était en Grèce ! Il en est de
même pour le Capital financier
du Royaume-Uni.

La solution retenue est à
l’aune du crédo de l’UE et des
gouvernements en place : tout
pour le Capital financier ! Ce
sont les banques privées qui
prêteront l’argent à 6,40% à la
Grèce. Le premier emprunt a été
couvert pour 15 milliards ! Or
cet argent a été emprunté à des taux
autour de 3% à la Banque Centrale
Européenne. Les banques françaises
et allemandes, créditrices du gouvernement
grec, et qui font mine de
dénoncer la gabegie du déficit public,
sont donc celles qui lui prêtent
à nouveau de l’argent à des taux
usuraires, approfondissant la dette
publique. Mais là, lecteur, vous n’y
êtes pas encore, car l’UE a tout prévu,
y compris l’invraisemblable :
Eurostat, l’institut de statistiques de
l’UE, permet d’écarter des encours¹
de la dette publique les sommes versées
aux banques dans le cadre des
plans de sauvetage de 2009 et le
montant des emprunts lancés par les
États. Ce qui est prévu par contre,
c’est que ce sont les peuples qui
devront payer, ce dont témoignent
les politiques drastiques mises en
place partout.

Décidément, les camarades
du KKE avaient raison, lorsque
du haut de l’Acropole, ils appelaient
les peuples d’Europe à se révolter
 ! Car à la logique de ce système,
on ne peut opposer que la nécessité
de rompre avec lui.