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La lutte des communistes sur le front idéologique (1)

avril 2011

« La classe qui tient à sa disposition les moyens de production matérielle dispose, en vertu de
cela, des moyens de production spirituelle, et grâce à cela, domine et gouverne le mode de
pensée de tous ceux qui sont privés des moyens de production pour produire leur propre pensée.

 » (Marx-Engels, Oeuvres Complètes tome 4)

Lutte de classe dans la superstructure

La pensée de Marx et Engels est ici
explicite. Au-delà des phrases sentencieuses
sur « l’égalité des citoyens », les
« droits de l’homme », « la neutralité et
l’apolitisme de l’art », la diffusion des
idées est quasi sans partage aux mains
de la bourgeoisie monopoliste. Dans une
société scindée par les antagonismes de
classe entre exploiteurs et exploités, les
idéologies, les représentations artistiques,
les vues juridiques, vont revêtir un
caractère de classe.

Si la base économique capitaliste est
totalement aux mains de la classe dominante,
la superstructure (ensemble des
vues politiques, artistiques, culturelles,
juridiques…), bien que dominée par
l’idéologie bourgeoise (« les idées dominantes
sont celles de la classe dominante
 », dit Marx), reflète tendanciellement
la lutte de classes, dans la sphère
des idées, entre la classe propriétaire des
moyens de production et celle qui en est
totalement dépourvue (le prolétariat).
Lénine a souligné justement l’existence
de deux cultures, au niveau mondial
comme national,
en régime capitaliste :
la culture réactionnaire, qui vise à
conserver l’ordre existant et cherche à
pérenniser la dictature du Capital, à
laquelle s’oppose la culture démocratique
et progressiste. Contre ce phénomène
tendanciel, le capital financier
domine la sphère des idées grâce à son
monopole des moyens de production des
idées et de diffusion.

Deux conceptions du monde
(bourgeoise et prolétarienne) s’affrontent
dans la superstructure, avec des
moyens fort inégaux et des objectifs
antagoniques. L’idéologie bourgeoise,
au stade impérialiste du capitalisme,
affaiblie par le bilan économique et
social du système d’exploitation, n’a
plus de lignes directrices « offensives »
de ralliement. Le colonialisme et le
fascisme (idéologies de conquête) ont
prouvé que la domination du capital
était indissociable du génocide raciste
contre les peuples opprimés. Dans la
période d’après-guerre, avant le déclenchement
de la crise générale du mode de
production capitaliste, ce système a su,
par des concessions habiles, fortifier les
illusions de la petite bourgeoisie sur
l’économie de marché. Cela, doublé
avec la pénétration du révisionnisme (un
« marxisme » adapté à la collaboration
de classes mondiale), a permis à l’idéologie
bourgeoise de déployer une offensive
contre les États socialistes affaiblis,
au nom de la lutte contre le
« totalitarisme ».

Le déchaînement de la crise globale,
l’annulation des concessions faites dans
la période antérieure, le bilan quotidien
catastrophique du capitalisme dans tous
les domaines, ont conduit le Capital à
modifier sa lutte dans la sphère des
idées, puisque « le roi est nu ». L’idéologie
bourgeoise vise moins, aujourd-
’hui, à convaincre du bien fondé de son
système économique et politique, qu’à
opérer une véritable déconscientisation
des esprits, pour les éloigner de la perception
critique de la réalité objective.
Comment ? Par l’utilisation monopolistique
des médias de masse qui vont
diffuser informations sensationnelles et
tronquées, le culte de la violence barbare,
tant au cinéma que dans le nouveau
vecteur des jeux vidéos, la pornographie,
le repli sur l’individu, l’irrationnel…
En somme « l’american way
of life ».

L’idéologie révolutionnaire, prolétarienne
et démocratique, doit,
avec des moyens matériels limités,
conscientiser les hommes et
femmes en dévoilant la réalité
objective du capitalisme et en
appelant l’humanité à transformer
le monde.

Dans le premier cas de figure, on
a besoin d’un individu standardisé,
voire robotisé ; dans le second,
d’un individu fondant son avenir
sur son appartenance à une classe sociale
pour libérer l’humanité et se libérer
ainsi !

Transformations du capitalisme et
monopole des moyens de production
spirituelle

Les luttes de classes sont étroitement et
activement déterminées par les découvertes
scientifiques et technologiques.
De nos jours, aux moyens d’extermination
militaire correspondent des moyens
de lobotomisation des esprits. La télévision
et l’informatique sont des outils
précieux pour la classe dominante. Cela
a abouti à une concentration capitaliste
toujours plus aigüe. Des groupes monopolistes
vont s’assurer la majeure partie
du marché des médias, maisons d’éditions,
productions cinématographiques :
AOL, Time Warner, Lagardère, Bertelsmann,
Sony, Bouygues, etc.
Cette concentration constitue un obstacle
majeur à la diversité culturelle, au
maintien des cultures démocratiques
mais aussi nationales dans la forme, et
aboutit à une standardisation sousculturelle
à l’échelle mondiale.

Cette situation, à laquelle s’ajoute la
censure financière (on ne produit de
plus en plus souvent que ce qui est
« commercial »), explique par exemple
la médiocrité du cinéma français, où
comique troupier et films intimistes et
nombrilistes sont le lot quotidien.

De son côté, Internet a révolutionné la
planète par l’immédiateté de l’information,
en permettant l’accès à des millions
de pages ou de vidéos, et ce à un prix
encore relativement abordable. Les
multinationales comme Google, Facebook,
Orange, Yahoo, Baidu, se sont vu
ouvrir un marché mondial et réalisent
des profits colossaux.

Dans le même temps (mais pour combien
de temps ?), la métaphore de Lénine
sur « les capitalistes qui vendront
la corde pour les pendre » s’avère juste,
car avec Twitter, ou Facebook, ces médias
ont favorisé, par leur utilisation
massive, le développement des luttes
révolutionnaires en Tunisie et en
Égypte, affaiblissant la portée des
grands moyens monopolistes d’information.
Ce sont là, en jouant des contradictions
du système, des outils précieux pour
riposter aux médias bourgeois de
masse !

Nous verrons dans le prochain numéro,
les outils de lutte pour promouvoir
l’idéologie révolutionnaire, la culture
populaire démocratique, contre la sous-culture
US.