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Vive la Commune !

dimanche 15 mai 2011

Vive la Commune !

par Maurice Cukierman

Le 18 mars 1871 à 22 heures, le drapeau rouge flottait sur l’Hôtel de Ville de Paris. Sans en avoir bien conscience encore, les Parisiennes et les Parisiens venaient de « monter à l’assaut du ciel », selon l’expression de Karl Marx : la première révolution socialiste de l’histoire était victorieuse. Elle devait durer 72 jours. Noyée dans une mer de sang par une bourgeoisie qui dans le crime tentait d’exorciser sa frayeur de classe, objet des calomnies les plus viles ou passée sous silence dans le vain espoir de la faire oublier, la Commune devait pourtant rester immortelle dans le cœur de tous ceux qui ont lutté et qui lutte pour en finir avec l’oppression et l’exploitation, pour la victoire du socialisme contre le capitalisme. Et malgré sa brièveté, elle devait être source féconde d’enseignements et d’enrichissement théorique pour le prolétariat mondial.

Aux origines de la Commune.

En 1871, la France sort de 20 ans de dictature napoléonienne, commencée par un crime sanglant, le coup d’Etat du 2 décembre, et se terminant dans une tragi-comédie tout aussi criminelle, par la défaite contre la Prusse dont devait sortir l’Empire allemand.

Cette dictature personnelle, administrant la dictature de la bourgeoisie, résultait de trois facteurs : par sa politique la Monarchie de juillet (Louis-Philippe) n’offrait plus le cadre nécessaire à la bourgeoisie française pour permettre l’expansion de la mise en valeur du capital et d’assurer son hégémonie politique exclusive (face à l’aristocratie) ; à la suite de la Révolution de Février 1848, la bourgeoisie se retrouvait devant un prolétariat parisien qui n’entendait pas voir remiser ses revendications et ses aspirations, ce qu’il fit savoir par le soulèvement de juin 1848 révélant à la bourgeoisie qu’une classe sociale nouvelle était prête à lui disputer le pouvoir ; le prolétariat parisien vaincu, la bourgeoisie pour autant ne parvenait pas à stabiliser le pouvoir, elle restait hantée par le spectre de la révolution, et elle préféra confier les commandes à une clique d’aventuriers sans scrupules sous la direction de Louis Napoléon Bonaparte qui devait lui laisser la tranquillité d’esprit au plan politique pour se consacrer aux affaires.

Le Second Empire paracheva la mise en place du capitalisme et consolida la position de la bourgeoisie comme classe dominante. Mais le développement des affaires, l’industrialisation, le développement des chemins de fer, des banques des Grands Magasins eurent comme effet le développement de la classe ouvrière et de sa conscience de classe. Malgré la répression et l’encadrement policier, le mouvement ouvrier surmonta la défaite de 1848 : les grèves se multiplièrent, notamment à partir de 1860, pour de meilleurs salaires, pour les conditions de travail. Confronté à ses contradictions politiques et ses échecs, Napoléon III, lâché par l’aristocratie traditionnelle et les milieux catholiques à la suite des guerres d’Italie, tenta de se concilier la classe ouvrière en utilisant certains chefs de la classe ouvrière, marqués par le proudhonisme, qui condamnait les grèves et appelait les travailleurs à se détourner de la politique. Cette politique, il faut le souligner était l’expression de la force nouvelle du prolétariat, et de la faiblesse de l’Empire : elle permit aux travailleurs de gagner le droit de grève (interdit depuis 1791), et à la fin de l’empire, que soit toléré les chambres syndicales. En 1864, pour la première fois, le Manifeste des 60, proclamait la nécessité pour les travailleurs d’avoir leur propre député et d’être indépendant politiquement. C’était d’autant plus important que les soixante étaient tous des adeptes de Proudhon et que le Manifeste traduisait donc une certaine forme de rupture avec l’idéologie de celui-ci. La même année Tolain devait conduire une délégation à Londres à la réunion d’où devait sortir la Première internationale (Association Internationale des Travailleurs). Dans les années qui suivirent la section française de l’AIT connu un développement remarquable, en particulier sous l’impulsion de Varlin qui devait devenir un des dirigeants de la Commune : en 1869 elle atteignit jusqu’à quelques 300000 adhérents (chambre syndicale, grévistes etc…) grâce à une politique de contact directe avec les chambres syndicales. Depuis 1867 d’ailleurs Napoléon III a changé son fusil d’épaule et la répression s’abat sur les Internationalistes.
Pour autant le mouvement ouvrier parisien est divisé et ignorant du marxisme. A la domination idéologique proudhonienne qui reste dominante, il faut ajouter les courant blanquistes et jacobins. Les premiers, partisans de Blanqui, prônent les sociétés secrètes et les minorités agissantes, tout en se réclamant de Babeuf, les seconds ne rêvent que du retour à 1793 et au sans-culottisme.

La guerre de 1870

Acculé par les contradictions du régime, éclaboussé par les scandales, sentant monté le mouvement révolutionnaire, Napoléon III, va se précipiter dans l’aventure : la guerre avec la Prusse de Bismarck. Les travailleurs sont massivement contre celle-ci. La bourgeoisie y voit d’un côté l’avantage de détourner le prolétariat de la lutte des classes et de l’autre elle craint que si les choses se passent mal cela débouche sur la Révolution. Et les choses vont mal se passer, dès le début. A la fin du mois d’août, l’armée de Mac Mahon en présence de l’empereur est enfermé dans Sedan et va capituler honteusement. Du coup la révolution gronde à Paris et le 4 septembre l’Empire est renversé. Mais si les travailleurs parisiens ont joué le rôle principal dans les évènements, la bourgeoisie conserve l’initiative : un gouvernement de Défense Nationale est mise en place. Mais son objectif c’est de mettre fin à la guerre coûte que coûte pour empêcher la révolution qui pointe. Or Paris étant assiégé et le peuple de Paris se mobilise pour défendre sa capitale. Le gouvernement provisoire va très vite apparaître comme un gouvernement de « défection nationale » (K. Marx) préparant la capitulation pour permettre de conserver l’ordre social, le siège ayant permis l’armement du prolétariat (la Garde Nationale) et aussi l’émergence d’une direction politique, le Comité Central de la Garde nationale. Malgré l’échec de la journée du 31 octobre celui-ci garde son prestige et est la bête noire de la bourgeoisie parisienne. Le siège est terrible pour les masses populaires : la faim (le rat est à 1,50 franc pièce, le chien à 5 francs la livre quand la solde du Garde National est de 30 sous), le froid mais aussi les sorties contre l’ennemi, soit inutiles, soit sabotées pour faire tuer le plus grand nombre de fédérés (Gardes nationaux) ! Cette situation souligne le caractère de classe des évènements : face aux sacrifices populaires et à la volonté de résister à l’envahisseur, la bourgeoisie aspire à la fin de la guerre tout en ne connaissant pas les souffrances du siège (les privations sont sans équivalence) par peur du peuple. Thiers, Jules Favre, vont donc concocter la capitulation avec Bismarck.

Mais pour avaliser les négociations il fallait une Assemblée législative. Son élection voit le triomphe des forces réactionnaires : 400 monarchistes déclarés sur 630 députés, tous, sauf une dizaine, prêt à capituler pour sauver l’ordre social, abandonnant l’Alsace-Lorraine en raillant les députés alsaciens qui protestent et s’installant à Bordeaux avant de venir à Versailles pour ne pas être à Paris. Les préliminaires de paix étant adopté Thiers, nouveau chef du gouvernement va pouvoir s’adonner à sa grande préoccupation : en finir avec le prolétariat parisien !

Après avoir fait voter la fin du moratoire sur les loyers (suspension de leur payement en temps de guerre), aggravant la misère, supprimé les trente sous de solde de la Garde Nationale (seul revenu des prolétaires au chômage – les ¾ des ouvriers de 1869- à Paris), et la fin du moratoire sur les échéances avec payement des intérêts immédiat (ruinant la petite et une partie de la moyenne bourgeoisie), Thiers décide la confiscation des canons de la Garde Nationale et l’arrestation des membres de son Comité Central, dans la nuit du 17 au 18 mars. L’opération est un fiasco complet, le peuple s’y opposant et l’armée de ligne, qui a souffert elle aussi du siège, fraternisant avec lui. Couard comme pas deux, le nabot criminel (il a conduit le massacre, immortalisé par Daumier, de la rue Transnonain en 1834) s’enfuit à Versailles.

Le bilan de la Commune

Il faut évidemment lire l’ouvrage de Marx « les Luttes de classe en France ». Il est évident que le bilan est maigre, 72 jours et pour l’essentiel les combats contre les Versaillais ! Mais ce bilan est d’autant plus significatif.

Tout d’abord c’est l’existence de la Commune elle-même et le fait que spontanément elle va faire naître des formes institutionnelles de la dictature du prolétariat : la vieille machine de domination ne correspond pas au caractère et au contenu du nouveau pouvoir. Elle balaie les anciennes institutions en établissant l’unité entre le travail législatif et exécutif, en mettant en place des formes de démocratie directe largement ouverte aux initiatives des citoyens. Les élus comme les hauts fonctionnaires nommés ne peuvent recevoir s’il y a lieu, un salaire supérieur à 6000 frs par an, et le politicien professionnel est banni. Les élus sont révocables par leurs électeurs sur la base du mandat sur lequel ils se sont engagés et ils doivent rendre des comptes. L’armée de métier est abolit et remplacée par le peuple en arme. Pour Lénine la Commune de Paris est l’initiatrice du pouvoir prolétarien et il place les Soviets dans le prolongement direct de celle-ci.

Mais cette question fondamentale ne saurait masquer les réalisations concrètes dont il faut souligner que pour beaucoup elles anticipent de plusieurs années les mesures prises par la démocratie bourgeoise, souvent d’ailleurs pour atténuer les tensions sociales :

- Suppression du travail de nuit pour les boulangers, abolition du système des amendes patronales, salaire minimum, suppression du Mont de Piété, réorganisation des bureaux de placement (ANPE de l’époque), priorité aux coopératives ouvrières pour les fournitures de l’Etat, mise sous contrôle des associations d’ouvriers des ateliers fermés et projet de grande fédération des associations gérant les entreprises redémarrées. De cette dernière mesure Marx dira « qu’elle devait aboutir finalement au communisme ».
- Séparation de l’Eglise et de l’Etat, école laïque, obligatoire et gratuite, justice gratuite, révocation possible des élus, élection des juges et hauts fonctionnaires, autonomie municipale, fréquence des élections.
- Mesures particulière pour les femmes, comme la fin de la distinction entre enfants illégitimes et légitime, indemnité aux compagnes des Gardes nationaux mariés ou non, et fermeture des bordels.

La semaine sanglante

A partir du 21 mai, suite à une trahison les Versaillais pénètrent dans Paris. Les parisiens ne se font pas d’illusion. Dès avril les troupes versaillaises ne font pas de prisonnier ou peu, massacrant les fédérés et leur chef. Mais dès leur entrée dans Paris le massacre va être systématique. Tout le monde a en tête le Mur des Fusillés au Père Lachaise ou aujourd’hui encore on devine les tâches de sang dans la pierre.

On ne saura jamais exactement le nombre de morts, mais un des généraux de Thiers, Appert, avançait le nombre de 17 000 ! On voisine aujourd’hui autour d’une cinquantaine de milliers. La plupart sont massacrés sur place, mais il faut compter les condamnés à mort. Certains étaient des enfants de moins de 12 ans, la canaille bourgeoise criant sur leur chemin vers la mort, « Qu’on les exécute, ce sont de futurs insurgés » ! Il y eu 7000 déportés en Nouvelle Calédonie dont beaucoup ne revinrent pas, d’autres furent enfermés. L’amnistie n’eut lieu qu’en 1880, quand la bourgeoisie républicaine voulue affirmer ses positions contre la menace monarchiste.

Nous ne saurions oublier les communards et leur martyr. « Le Paris ouvrier avec sa Commune sera célébré à jamais comme le glorieux fourrier d’une société nouvelle, ses martyrs sont enclos dans le grand cœur de la classe ouvrière. Ses exterminateurs, l’histoire les a déjà cloués à son pilori éternel… » (Karl Marx).