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IC 93 (juillet - août 2009) : Edito

NON À L’EUROPE POUR UN FRONT ANTICAPITALISTE

jeudi 2 juillet 2009

Le capitalisme traverse une crise sans précédent qui affecte son économie et ses formes de domination. La démocratie bourgeoise fait la preuve de sa difficulté croissante à obtenir le consensus nécessaire pour la pérennité du système. De fait, l’élection européenne a manqué le but que s’était assigné la bourgeoisie monopoliste de France : faire avaliser par le peuple la politique anti-sociale des monopoles mise en œuvre par le pouvoir. La classe ouvrière, qui s’est abstenue à 70%, à laquelle s’ajoutent les travailleurs immigrés privés du droit de vote, continue à porter la résistance à la construction de l’Europe impérialiste, dans le prolongement du NON victorieux au Traité constitutionnel. Les luttes contre les licenciements, les restructurations, la casse du service public, se multiplient, malgré le refus des directions syndicales d’organiser une riposte massive, commune, continue. La jeunesse se mobilise également contre la privatisation de l’enseignement, la répression, la précarité.

Le rejet de la politique néo-libérale se traduit aussi par le faible score des partis traditionnels : celui du parti au gouvernement avoisine 11% des électeurs inscrits, ce qui reflète un profond rejet du pouvoir sarkozyste. Le PS trompe également de moins en moins la population qui voit peu de différence entre sa politique et celle de SARKOZY : privatisations, déréglementation des droits du travail, militarisme... Il en est de même des listes social-réformistes (NPA, PCF, Parti de Gauche), qui proposaient de réorienter la politique de l’UE en masquant la dictature des monopoles et l’essence impérialiste et anti-populaire de ce cartel. Leur référence au NON n’a pas trompé les travailleurs qui n’attendent pas une amélioration de leur situation d’un “changement d’Europe”, mais d’une convergence des luttes visant à refuser de payer la crise du capitalisme.

Le score de la liste se présentant comme écologiste, pourtant totalement acquise à la construction européenne et au néo-libéralisme, ne s’explique pas seulement par l’image faussement contestataire de COHN-BENDIT ou par la diffusion d’un film catastrophiste à la télévision juste avant le scrutin. L’écologie est utilisée par le Capital pour justifier les régressions sociales, les hausses de prix, les transferts des revenus du travail vers le Capital au moyen de mesures présentées comme contribuant à “sauver la planète”... Les aspirations légitimes à léguer aux générations futures une terre habitable sont dévoyées par le capitalisme dont le seul objectif est de réaliser un maximum de profits. De plus, il s’enrichit en faisant payer les conséquences de ces détériorations par ceux qu’il exploite : éco-taxes, privatisation de l’eau entraînant la hausse des factures, taxes communales sur les déchets...

Tant qu’existent la propriété privée des moyens de production et la guerre économique des monopoles, il ne peut être question de “développement durable” ni de préservation de la nature, ni d’amélioration du cadre de vie, qui n’est possible que sous le socialisme.

La crise du mode de production capitaliste aiguise la lutte de classe qui entraîne des couches de plus en plus vastes de la population : travailleurs, chômeurs, agriculteurs, étudiants, lycéens... Cependant, les luttes restent défensives, dispersées, le rapport de forces étant toujours en faveur de la bourgeoisie. Les relais syndicaux du Capital, s’ils ont réussi à isoler des luttes qui auraient pu aboutir à empêcher des fermetures d’usines, se trouvent de plus en plus contestés par la base. Pour créer le rapport de forces à l’échelle du pays, les collectifs de grèves doivent échanger, se rencontrer, coordonner leur solidarité, et construire une plateforme revendicative nationale, en toute indépendance, avec l’objectif central de faire payer la crise au Capital et ainsi de satisfaire leurs revendications.

La faiblesse de l’adhésion des masses aux politiques mises en œuvre et l’absence d’alternative, c’est-à-dire l’absence d’un Parti communiste, favorisent le renforcement du pouvoir présidentiel, une fascisation accrue de l’État et une recomposition politique, avec l’écologie comme élément bipolaire. On ressort même le « pacte unitaire pour le progrès » de HUE, tandis que MÉLENCHON en appelle au ralliement de ses partenaires de liste. Or, ce qui est nécessaire aux travailleurs, ce n’est pas l’humanisation impossible du capitalisme, c’est la rupture avec le réformisme et avec l’Union Européenne. Sur la base de revendications de hausses des salaires, de nationalisations des monopoles qui licencient, d’interdiction des licenciements et des fermetures d’entreprises, de baisse des loyers, il est possible de créer un front anticapitaliste et de transformer le rapport des forces. Alors que les masses font de moins en moins confiance à ceux qui les dirigent, il est temps que les organisations communistes agissent ensemble afin de faire grandir l’alternative révolutionnaire et de poser les bases de la création du Parti.