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Comment construire un parti ouvrier, communiste, de type bolchevique

juillet 2009

1/ Les bureaucraties syndicales et politiques contre la classe ouvrière

Le capital a toujours tenté, nous l’avons vu, de se subordonner le mouvement syndical, afin de le rendre inoffensif pour le système et de réaliser la course aux profits pour les monopoles. L’objectif de la bourgeoisie est aussi de déconnecter les luttes sociales des revendications politiques.

François Ceyrac, alors président du CNPF (précurseur du MEDEF), écrivait dans les années 80 (Laurence Parizot n’a rien inventé) :

« En contrepartie de la liberté des chefs d’entreprise (d’exploiter le travail salarié. URCF), il est souhaitable que comme élément d’équilibre (souligné par nous, URCF), le syndicalisme ouvrier puisse s’affirmer. Personnellement, plus je suis partisan de la liberté, plus je souhaite un syndicalisme ouvrier fort ».

La classe capitaliste a besoin d’un relais même « contestataire », ayant l’apparence d’une opposition aux patrons (pour ne pas perdre tout crédit auprès des ouvriers), mais se situant en dernière instance dans l’aménagement des directives patronales.

Dans cette optique, le syndicat est l’interlocuteur de la direction de l’usine, ayant à cœur la subordination des revendications sociales aux « intérêts de l’entreprise ». Les dirigeants syndicaux de ce calibre forment une bureaucratie d’origine ouvrière, véritable couche sociale intermédiaire, agissant dans le monde du travail pour relayer la politique du Capital. Bureaucratie qui est alimentée par les revenus du Capital, donc de l’exploitation des salariés et des travailleurs des pays opprimés par l’impérialisme français. Les émoluments des diverses commis-sions, Conseil Economique et Social, de la CES, les aides publiques et … patronales (cf. scandale UIMM) permettent d’intégrer les directions syndicales à la gestion du système capitaliste et à son appareil d’Etat.

La bureaucratie syndicale voit son rôle renforcé sur fond de crise du mode de production capitaliste, crise qui entraîne des résistances ouvrières plus ou moins radicales selon les pays et le degré de conscience du prolétariat. Mais qui toutes se fixent la tâche immédiate de l’heure : faire payer la crise par son fauteur, le capital !

La bureaucratie a pour fonction d’encadrer et de canaliser les luttes et grèves de façon à empêcher toute prise de conscience ou pratique anticapitalistes.

Les travailleurs doivent tirer les leçons des défaites, malgré une combativité réelle. La trahison des directions syndicales réformistes (ce terme ayant une connotation modifiée, car il s’agit de contre-réformes aggravant les conditions de vie et de travail) ne doit pas conduire à adopter une conception ultra-gauche en niant l’importance du syndicalisme pour se défendre ou en estimant son rôle terminé après l’intégration des directions des centrales aux vues capitalistes.

Il ne faut pas confondre bureaucratie et ensemble des syndiqués. Pour s’organiser dans les luttes à la base, pour défendre ses intérêts quotidiens et fondamentaux, il faut se syndiquer, car c’est l’outil de combat que doivent utiliser les travailleurs.

Aujourd’hui ce combat doit être double : contre le Capital, mais aussi ses agents, les défenseurs de l’aménagement social du capitalisme.

Une centrale de classe et de masse ne peut renaître qu’à la base, éclairée par les enjeux de la lutte et les formes adéquates pour vaincre. La compréhension de la trahison sera palpable au cœur des luttes, à chaud, à condition que les communistes et les syndicalistes révolutionnaires ignorent tout esprit « diplomatique » et n’édulcorent pas leur dénonciation de la trahison de la bureaucratie.

Trop souvent (nous n’évoquons pas là les collectifs regroupés en forum), les opposants, parfois en responsabilité, portent des programmes revendicatifs, mobilisateurs alors que la centrale y a renoncé depuis longtemps ; mais lors des divers congrès aux divers échelons, l’esprit de conciliation avec la bureaucratie l’emporte. Le fait que beaucoup soient des permanents syndicaux dont « l’emploi » dépend de « Montreuil », joue un rôle non négligeable.

C’est là un moyen de pression dont use et abuse la direction confédérale. Les démissions de la CGT ne sauraient constituer une solution collective ni résoudre la question du « Comment riposter aux coups du capital ? ».

Quand la CGT a préfèré liquider une section syndicale en contradiction avec sa ligne de collaboration de classe, les syndicalistes de classe ont eu raison de créer un syndicat indépendant du capital, le CGT-E.

Ce que les bureaucraties syndicales craignent par-dessus tout : la conjonction des forces à la base. L’explosion sociale est la voie pour imposer des reculs au capital et lui faire payer sa crise. Question centrale, car sans défense acharnée des revendications au quotidien, il ne saurait y avoir la base objective et subjective pour reconstruire le parti révolutionnaire politique indispensable pour renverser le capitalisme.

La voie actuelle passe par l’auto-organisation des travailleurs en lutte autour des revendications traditionnelles (mais abandonnées) de la CGT, leur synergie et leur fédération autour de la convergence des intérêts collectifs de classe.

2/ La campagne idéologique anti-ouvrière

Le capitalisme se traduit par un bilan catastrophique : 3 milliards de personnes vivent avec moins de 2 dollars par jour. Rappelons qu’en France, les monopolistes des entreprises du CAC 40 gagnent en moyenne 15 000 euros par jour, que chaque jour sur les places boursières, s’échangent 2 000 milliards de dollars.

Les producteurs réels de richesses (les travailleurs) sont dépossédés et spoliés par les profits capitalistes. Pour pérenniser son régime d’exploitation, la bourgeoisie a recours à une vaste campagne idéologique :

a/ « La classe ouvrière est en voie de disparition ». Ce n’est vrai ni en France (7 millions d’ouvriers), ni à l’échelle mondiale, car elle s’amplifie chaque jour.

Les rangs du prolétariat mondial comptent

- en 1950 : 280 millions d’ouvriers

- en 2008 : 690 millions d’ouvriers

La « mondialisation » capitaliste, en étendant le capitalisme à tous les pays du globe, grossit les rangs de la classe ouvrière devenue la classe numériquement la plus nombreuse, ce qui n’était pas le cas à l’époque où vécurent Marx et Lénine.

b/ « La classe ouvrière a adopté le mode de pensée des couches moyennes. Elle a perdu toute capacité politique indépendante et s’est ralliée à l’économie de marché », le système le plus mauvais pour elle.

Certes, le monde du travail a enregistré d’importants reculs de la conscience de classe dans le prolétariat des pays impérialistes.

L’action de gangrène de la social-démocratie, puis du révisionnisme dans les PC, a désarmé idéologiquement la masse des ouvriers. Mais ce n’est qu’un moment transitoire, les états-majors politiques et syndicaux de la classe ouvrière vont se forger dans les luttes de résistance.

Le rôle de la classe ouvrière ne découle par des vues des classiques du marxisme, mais des conditions objectives engendrées par les rapports de production capitalistes. La classe ouvrière est bien la classe antagonique à la domination bourgeoise puisqu’elle est porteuse d’un nouveau mode de production où la plus-value ne sera plus accaparée par les monopoles, mais sociale, grâce à la propriété collective des moyens de production et d’échange. Ce passage, c’est le processus de luttes qui conduira à la Révolution socialiste et au pouvoir de la classe ouvrière et des travailleurs (dictature du prolétariat).

Dans certaines périodes ou pays, la classe ouvrière peut être momentanément abusée par telles ou telles théories mystificatrices et anti-révolutionnaires, mais cela ne dure qu’un temps, car le capitalisme ne peut satisfaire les besoins matériels, culturels, sociaux des travailleurs et de leurs familles.

c/ 3ème attaque : « Le capitalisme est l’horizon indépassable de l’humanité ».

Les thèmes de l’échec du communisme et de l’expérience soviétique ont pénétré les rangs des forces du travail. Révisionnistes du PCF et trotskistes de toute appartenance conjuguent ce thème, sans analyse matérialiste et de classe, de ce que fut l’URSS, dans sa période révolutionnaire et à partir de la fin des années 50, parce que le PCUS sombra dans le révisionnisme en 1953-56.

L’ouverture du processus de restauration capitaliste, qui conduira à la victoire de la contre-révolution bourgeoise, fut lancée au XXème congrès du PCUS.

L’URSS de Lénine-Staline a accompli des prodiges dans la première moitié du XXème siècle ; ses acquis sociaux : gratuité de la santé, de l’éducation, faible prix des livres, spectacles, loyers, transports, réalisations pionnières dans le domaine spatial, médical (accouchement sans douleur), etc. ; sa résolution de la question nationale ; la preuve que la dictature du prolétariat signifie la démocratie pour les larges masses de travailleurs et la dictature sur les éléments qui veulent restaurer le capitalisme. Les travailleurs bâtissaient leur Etat et la plus-value devenue sociale profitait à l’ensemble des travailleurs.

La victoire du révisionnisme moderne a relancé tous les courants opportunistes vaincus par le Komintern. Henri Weber (ancien LCR, sénateur du PS) écrit : « Plein de gens apparemment intelligents pensaient que la révolution ouvrière était possible, on était très nombreux à l’époque (autour de 1968) à croire de telles conneries ». Nous avons là le révolutionnarisme petit-bourgeois. Si le prolétariat a une chance de l’emporter, alors on « est » révolutionnaire, on aspire même à diriger la révolution ! Si celle-ci n’est plus provisoirement à l’ordre du jour, on fait l’apologie de l’opportunisme sans rivages ; on se rallie à l’économie de marché et, devenu renégat, tout aussi suffisant et vaniteux, on traite les marxistes-léninistes de « cons » (dixit le même Weber) pour leur défense d’une ligne révolutionnaire.

Cet esprit de capitulation, par le biais de la petite-bourgeoisie présente dans les luttes « altermondialisation », sa version droitière, c’est que « la classe ouvrière aurait prouvé son incapacité à diriger le mouvement social ». On se tourne alors vers les « réseaux », on attribue ce rôle transformateur aux salariés informatiques de la « nouvelle économie », aux « acteurs sociaux ».

Existe aussi une version « gauche », qui aboutit à une même capitulation. « Le prolétariat tout entier des pays impérialistes serait devenu une aristocratie ouvrière ».

C’est méconnaître ou ignorer les mécanismes de l’exploitation capitaliste, y compris dans les métropoles impérialistes.

N’en déplaise à ces thuriféraires du capitalisme, aux tenants du révolution-narisme petit-bourgeois, aux opportunistes de toute nature, la lutte de classe est inévitable, car elle a sa source matérielle dans le mode de production, fondé sur la propriété privée des moyens de production et la dictature de classe des monopoles.

Cette lutte est permanente, avec les luttes partielles contre les conséquences de la gestion capitaliste - lutte pour les salaires, pour l’emploi, pour la défense des conquêtes sociales - et le processus révolutionnaire politique, économique, idéologique qui conduira à la rupture avec le capitalisme par la révolution prolétarienne.

Actuellement fait défaut à échelle massive, la conscience générale anticapitaliste jusqu’au bout :

1/ du rôle historique de la classe ouvrière

2/ de la nécessité, partant du premier point, de renverser le capitalisme

3/ Qu’est-ce qui peut assurer les progrès de la conscience révolutionnaire ?

L’analyse matérialiste liée à une pratique matérialiste. Les communistes, les travailleurs, doivent partir de leurs besoins non satisfaits et pourtant indispensables et urgents : logement, santé, éducation, communication, culture, transports, énergie.

Précisément, non seulement les revendications ne sont pas satisfaites, mais le Capital entreprend de supprimer toutes les concessions faites dans une période antérieure, quand existaient un fort mouvement ouvrier, un PCF encore communiste, l’URSS et le camp socialiste.

Le travail des marxistes consiste, à partir des besoins exprimés par les travailleurs dans leurs luttes, à remonter aux sources de leurs maux, à tracer les perspectives de lutte, à les relier à une conception anticapitaliste du monde (Programme révolutionnaire).

Certains camarades pensent que l’exposé de la société socialiste est premier dans notre propagande. La réalité est plus complexe.

Marx montre que c’est le mouvement vers le communisme qui abolit l’ordre ancien, la propagande seule ne suffit pas. Pour forger une conscience révolutionnaire, il faut étudier sans cesse la réalité objective et subjective (reflet plus ou moins approchant de la situation réelle)

a/ en analysant les positions de classe des diverses formations politiques et syndicales

b/ en étudiant les formes prises par la conscience ouvrière dans les luttes, en étudiant les points forts et faibles de ces luttes, en critiquant d’un point de vue marxiste ces points faibles

c/ en analysant, à partir des besoins objectifs et stratégiques du prolétariat, les luttes de classes dans le monde et en France

d/ en proposant les tactiques et la stratégie révolutionnaire : formes de luttes, mots d’ordre, objectifs, grèves générales politiques, manifestations et occupations de la rue et des bâtiments publics, prise de position politique, alliances de classe, degré d’hégémonie du prolétariat dans le mouvement populaire, formations d’organes de double pouvoir, soulèvement populaire…

4/ Adopter un vocabulaire matérialiste de classe

Un des moyens par lesquels la bourgeoisie trompe le prolétariat, c’est le recours à un vocabulaire qui évacue sciemment l’antagonisme entre Capital et travail.

Ainsi, au fil des années, au terme « patronat » (a fortiori « capitaliste ») s’est substitué celui, neutre, d’« entrepreneur ». Les termes « bourgeois » et « prolétariat » ne sont utilisés que par les marxistes-léninistes et les syndicalistes les plus avancés.

On a même vu Georges Marchais, dirigeant révisionniste bien connu, liquider le concept de dictature du prolétariat (selon Marx et Lénine : pouvoir politique de la classe ouvrière et de ses alliés) et celui de prolétariat, sous prétexte qu’aujourd’hui « les ouvriers ne sont plus des prolétaires puisqu’ils ont atteint un certain niveau de vie ».

Tous ces phénomènes ne sont pas neutres et contribuent à obscurcir les consciences. En effet, la bourgeoisie ne cesse de donner un contenu péjoratif à certains termes mis en avant par le mouvement ouvrier révolutionnaire. Les termes de prolétaires, collectivisme, socialisme, révolution, etc. ont été caricaturés grâce à la toute puissance des médias capitalistes. Ce qui pousse certains acteurs du mouvement social à l’édulcoration de leur langage… et de leur pratique.

Prenons le concept fondamental d’exploitation pour comprendre « les mystères de ce qui se cache derrière le capitalisme ». Les idéologues et thuriféraires du Capital ont évacué depuis longtemps ce terme qui désigne pourtant la réalité objective, et mettent l’accent sur la « fracture sociale », c’est-à-dire sur les conséquences les plus criantes du capitalisme, conséquences qui sont d’ailleurs dépeintes comme des « anomalies du système », que l’on pourrait simplement « corriger ».

La version « gauche » social-réformiste se veut, en paroles, plus « radicale » et va évoquer la taxation sur les flux de capitaux (ATTAC) ou même le « partage des richesses » cher au NPA. Outre le rêve d’une entente Capital/travail, c’est en réalité une proposition de corriger certaines inégalités sociales par une autre répartition de l’argent… tout en restant dans le cadre des rapports de production capitalistes - « partage » signifie aussi reconnaissance de la propriété capitaliste des moyens de production -. Cette proposition, présentée comme « révolu-tionnaire », n’en est en fait ni révolutionnaire ni novatrice. L’enjeu des luttes de classes quotidiennes à caractère principalement syndicales est précisément d’augmenter le prix de la force de travail. La LCR/NPA ne dépasse donc pas l’horizon de l’économisme ou de l’anarcho-syndicalisme.

Les marxistes-léninistes, tout en soutenant et participant aux luttes quotidiennes dans leur syndicat, ne sauraient s’en tenir là et évacuer la question centrale de l’exploitation qu’il faut résoudre en renversant, par la révolution socialiste, le mode de production capitaliste avec ses rapports de production. L’exploitation a pour conséquence que le travailleur est spolié des fruits de sa production, de leur utilisation et de leur finalité.

La base matérielle de toutes les richesses, c’est le travail.

Certains opportunistes et altermondialistes évoquent justement le fait que la spéculation boursière rapporterait beaucoup plus - jusqu’à 10 fois plus - que la production. Oui, mais n’oublions pas que sans production des richesses matérielles (électricité, automobiles, ordinateurs, téléphone…), sans accapa-rement de la plus-value, le Capital financier serait dans l’incapacité de multiplier les capitaux nés de l’exploitation dans la spéculation.

La spéculation est donc dérivée du facteur premier que constitue l’exploitation du travail par le Capital. Le propre du capitalisme, c’est que les richesses produites sont aux mains d’une minorité d’exploiteurs, l’oligarchie financière. Sans renverser la classe capitaliste, les travailleurs n’auront pas la jouissance individuelle et collective des fruits de leur travail ; sans instaurer leur pouvoir politique révolutionnaire, ils ne pourront pas édifier la société socialiste transitoire au communisme.

Le surtravail, (la part des heures quotidiennes non rémunérées par le capitaliste) lève le secret de l’exploitation, à condition que les marxistes analysent et diffusent les chiffres du taux d’exploitation qui varie selon les profits engrangés.

Là aussi, l’utilisation du vocabulaire et l’éclairage à partir de la lecture du bulletin de paie sont primordiaux. En apparence, un contrat de travail stipule que pour 8 heures, vous avez telle rémunération horaire multipliée par 8. En réalité, il n’en est rien. Dans un pays capitaliste développé comme la France, l’ouvrier va travailler pour lui en réalité 3 à 4 h quotidiennes et être rémunéré en conséquence. Il suffit de donner les chiffres de l’écart entre les richesses produites et la rémunération (taux d’exploitation).

La bourgeoisie a su s’appuyer aussi sur la division des rangs des travailleurs. Des conceptions non matérialistes, relayées sous forme d’ouvriérisme dans le mouvement syndical, ont distingué travail directement productif et travail non productif, écartant ces travailleurs des rangs du prolétariat ; position fausse, puisque la production est collective et que le travail d’un cheminot (non productif) est indispensable à la création de richesses sociales. Cela a eu pour conséquences de diviser et d’affaiblir les rangs du prolétariat. Le travail est un processus collectif qui s’opère au cours de la division du travail.

L’exploitation est également collective, conduite non seulement à l’échelle d’une usine mais aussi du pays, pas seulement par son patron, mais par la classe bourgeoise toute entière (capitaliste). Ceux qui concourent indirectement à la production : cheminots, ouvriers, transporteurs, agents de maintenance, techniciens, appartiennent au prolétariat moderne.

Ce travail collectif regroupe tous les travailleurs, quel que soit leur secteur d’activité, privé ou public. Le produit social est le produit d’un prolétariat collectif.

Ces rappels sont nécessaires à un moment où les courants révisionnistes et syndicalistes d’accompagnement occultent à des degrés variables, l’exploitation capitaliste.

Les syndicalistes CGT s’activant autour du groupe de collaboration de classes « Confrontations » ont, dans les années 80, avancé le concept de « nouveaux critères de gestion » à proposer dans chaque entreprise. Ainsi, le capitalisme est-il réduit à une simple « logique économique », la rentabilité financière (sans analyser ses sources), puisque est occultée la question centrale de la propriété des moyens de production. Autre conséquence de l’emploi de ce concept : cela revenait à présenter le mode de production capitaliste comme une page blanche que chaque « acteur social » peut remplir. C’est en réalité le début d’une campagne d’embellissement du régime d’exploitation, qui exprime le ralliement à peine ultérieur de la direction de la CGT à la gestion loyale du capitalisme.

L’activité productive de service, l’ensemble des activités économiques, sont régies par la loi du profit sous le capitalisme. Sous l’impérialisme, c’est même la loi du profit maximum qui est opérante. Nous avons là la cause matérielle de la politique de recherche du profit (rentabilité capitaliste) dans tous les secteurs, y compris l’éducation, la santé… Penser de « nouveaux critères de gestion » sociaux déconnectés de la propriété des usines, banques, services, et déconnectés de la lutte révolutionnaire pour le socialisme, est une escroquerie morale et intellectuelle.

La loi du profit est la base de la production capitaliste. La recherche de la satisfaction des besoins fondamentaux ne peut manquer de se heurter en chemin à la propriété privée des moyens de production et à l’Etat qui la pérennise grâce aux appareils coercitifs armés et idéologiques.

Si une marchandise utile socialement ne rapporte plus assez de profits, elle cesse d’être produite (fermeture d’entreprises, délocalisations).

Le vocabulaire de l’adversaire de classe vise aussi à nous détourner de la compréhension que la bourgeoisie est une classe d’exploiteurs collectifs.

Les journaux, des syndicalistes et militants politiques, évoquent le « patronat », le MEDEF, plutôt que les termes « capitaliste » ou « classe capitaliste ». Le terme « patronat » ne recoupe qu’une partie de la classe capitaliste. Les « tondeurs de coupons » (ainsi appelait-on les rentiers et spéculateurs avant la Seconde guerre mondiale), les membres des conseils d’administration, les dirigeants des sociétés publiques, appartiennent à cette couche de monopolistes. De plus, la désignation « patronat » renvoie principalement à « son » patron, et éloigne de la compréhension du caractère collectif de la classe des exploiteurs. Idem pour l’intitulé « MEDEF », qui tend à devenir un synonyme de capital. Le MEDEF est l’organisation « syndicale » qui vise à défendre l’alliance de tous les capitalistes des PME et des monopoles, et à surmonter les contradictions internes posées par la subordination économique et politique des petits et moyens capitalistes aux monopoles.

D’où les incantations à « réformer la législation du travail » dans un sens réactionnaire et anti syndicat ouvrier.

Toutefois, les marxistes-léninistes savent qu’au stade impérialiste (monopo-listique) du capitalisme, les monopoles et le capital financier se subordonnent l’appareil d’Etat. La fraction dirigeante de la dictature de classe est l’oligarchie financière. Le MEDEF est l’organisateur collectif du rassemblement de toutes les fractions de la bourgeoisie. Cette oligarchie représente 300 000 foyers. Mais là, le poids de chaque monopoliste est variable. Il y a 800 très gros patrimoines supérieurs à 25 millions d’euros, sans compter leurs biens « familiaux ».

Le capitalisme ne survit que par sa capacité, outre sa force militaire et policière, à rassembler des travailleurs influencés par le cléricalisme, le social-réformisme, le révisionnisme, autour de la défense du système, contre leurs intérêts propres.

Le secteur capitaliste d’Etat, de plus en plus réduit à une peau de chagrin par les privatisations, est géré par des PDG, des actionnaires et la haute bureaucratie d’Etat qui appartiennent à la bourgeoisie monopoliste. Lénine a montré l’interaction et la fusion des personnes, de l’appareil d’Etat et des conseils d’administration des grands groupes financiers et industriels.

La classe bourgeoise, et en particulier sa fraction dominante monopoliste, oriente le mode de pensée grâce à sa propriété privée des moyens de communication : presse, médias, internet, cinéma, musique…. La loi de concentration opère avec une ampleur vive dans le domaine de la presse où, en 60 ans, on est passé de 75 à une dizaine de quotidiens. Les groupes Bouygues, Lagardère, Matra, se sont accaparé les moyens essentiels d’information et de diffusion. Cela explique les campagnes médiatiques communes voire identiques à tous les journaux. Ce fait illustre la volonté du complexe militaro-industriel de contrôler les médias afin de favoriser les interventions impérialistes et le redéploiement de l’impérialisme français. Les médias donnent un éclairage unique pour justifier la politique belliciste et chauvine de l’impérialisme français.

Notre solidarité est acquise aux travailleurs d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine, d’Europe, exploités par la classe capitaliste française.

Ces transformations objectives renforcent la dimension internationaliste et anti-impérialiste de la lutte pour la révolution socialiste. Toute avancée démocratique et révolutionnaire, toute rupture avec les traités impérialistes, ne manqueront pas de « coaliser » la réaction bourgeoise internationale, comme le prévoient les dispositifs répressifs du traité de Lisbonne ou de l’OTAN. La réponse communiste est de renforcer et de reconstruire le Mouvement communiste international, la coordination et l’action commune de chacun de ses détachements contre l’impérialisme international.

5/ La lutte de classes, loi objective du capitalisme

Le capitaliste, pour augmenter ses profits, cherche à augmenter toujours plus la part du travail non payé. En France, c’est, avec la politique de Sarkozy, la recherche systématique de la plus-value absolue, avec l’allongement du temps de travail hebdomadaire et de carrière.

Cette politique ne manque pas d’entraîner la résistance spontanée de la classe ouvrière. Le syndicalisme d’aménagement a abandonné, ces dernières années, la lutte pour la hausse des salaires. Le déclenchement de grèves offensives pour gagner plus, a obligé les bureaucrates à poser à leur manière la question des salaires (négociation nationale sans création d’un véritable rapport de forces).

Ces luttes sont la réponse à la politique d’austérité ou de rigueur salariale, menée depuis trois décennies par le capital, politique qui a conduit à la paupérisation relative et absolue de la majorité des travailleurs (- 20 % à -30 % en argent constant).

La nécessité de rechercher la satisfaction de leurs besoins par les masses populaires est le moteur de la lutte de classes qui oppose prolétariat et bourgeoisie. Les formes prises par ce conflit de classe voient, d’un côté, le capital poursuivre l’objectif de gagner le maximum de profits par l’aggravation des cadences, l’allongement du temps de travail, la hausse des prélèvements obligatoires, les gains de productivité, le blocage et la diminution du salaire réel ; de l’autre côté, celui des travailleurs salariés, la lutte de classes est vitale pour la bataille de l’emploi, des salaires, de la diminution du temps de travail.

Ces faits constituent la preuve continue que l’antagonisme capital/travail est incontournable objectivement, quels que soient les appels à la collaboration de classes au nom de la « modernité » ou de « l’intérêt de l’entreprise »

6/ Les outils politiques et sociaux de la classe ouvrière

Dans notre analyse de la politique de Sarkozy, nous évoquions la tendance à l’affaiblissement des bases matérielles du réformisme, dans les métropoles du capitalisme en crise structurelle. On le voit dans la difficulté, pour la bourgeoisie, à s’appuyer sur la social-démocratie traditionnelle (en fait maintenant social-libérale) dont les « propositions » ne se distinguent guère du programme néolibéral du capital.

Pour pallier cette crise de confiance vis-à-vis du PS, les médias ont lancé et promotionné Besancenot et le NPA (« Nouveau parti anticapitaliste »), en sachant que ce réformisme « radical » n’ayant que peu de chances d’accéder aux affaires, la fonction « tribunicienne » de cette formation permettra d’encadrer les masses.

Si la réalisation du profit maximum, en période de crise, exige le refus de toute concession et même l’annulation des concessions antérieures - ce qui réduit l’espace politique pour les réformes -, les marxistes n’ignorent pas que les réformes, en dernière instance, peuvent permettre la sauvegarde du système capitaliste.

L’opportunisme a diffusé un véritable « fétichisme idéologique » (Marx), à coups d’illusions sur « l’intervention de l’Etat », sur le fait que « l’argent existe ».

Ce sont là des conceptions mystificatrices qui, volontairement ou pas, sèment des illusions sur le capitalisme. Pour gagner plus, il faut se battre toujours plus ! Bien sûr que l’argent existe, mais la finalité du capitalisme, ce n’est pas le partage des richesses. Il faut de dures luttes de classes pour arracher au capital des hausses de salaire, l’arrêt des licenciements ou tout autre mesure favorable aux intérêts populaires. De plus, les travailleurs doivent être éduqués dans la compréhension qu’aucun « acquis » n’est durable dans le système d’exploitation.

L’histoire n’obéit pas à un processus linéaire où le progrès se ferait par accumulation de réformes, comme le prônent les réformistes. L’histoire avance ou recule par bonds. La révolution socialiste constitue un bond révolutionnaire sans précédent.

Actuellement, nous vivons encore une période défensive marquée par les conséquences de la contre-révolution bourgeoise en URSS et par la destruction de nombre de partis communistes dans le monde, suite à leur opportunisme, à leur trahison des principes révolutionnaires marxistes-léninistes.

Les conditions objectives d’une explosion révolutionnaire existent depuis de nombreuses années. Cependant la diffusion et les progrès de la conscience révolutionnaire ne sont pas linéaires non plus. Là aussi le processus historique avance par bonds ou régressions brutales.

Nous vivons une époque où le marxisme, vilipendé sur toutes les ondes et maisons d’édition, reste peu connu de la masse des travailleurs. Les révolutionnaires doivent donc relier les enseignements du marxisme-léninisme au vécu de ces mêmes travailleurs.

Le pourrissement et le parasitisme croissant - et de plus en plus perceptible - de l’oligarchie financière ouvrent un espace non négligeable pour la diffusion du marxisme à un moment où les analyses des Marx, Engels, Lénine, Staline, sont confirmées par la vie.

La dénonciation globale du capitalisme (pas seulement la dénonciation de certaines de ses conséquences) peut s’appuyer sur l’incapacité, devenue visible, du système d’exploitation à satisfaire les besoins matériels, sociaux, culturels. Ce phénomène jette les bases d’une radicalisation possible de la classe ouvrière et des travailleurs, à condition de ne pas coller aux idées à la mode et de ne pas mettre son drapeau dans la poche.

Nous ne pouvons, non plus, nous en tenir à la naïveté non dialectique de certains militants communistes qui pensent la propagande de la société future comme première et même unique pour construire le Parti ou vaincre dans la révolution.

Ces camarades ignorent la nécessité du travail quotidien syndical et politique dans la classe ouvrière, dans les usines, dans le lieu même de l’exploitation du prolétariat.

D’autres, ou les mêmes, en restent à la passivité, par sous-estimation de l’importance politique des luttes quotidiennes. Ils ont tort et font du tort à la classe, car les luttes quotidiennes (à condition que les marxistes-léninistes interviennent comme tels politiquement) constituent une école du communisme. Ressuscitant le culte de la spontanéité, tout en prétendant le combattre « théoriquement », ces camarades font preuve d’impatience. Bien sûr, que ces luttes ne sont pas LA révolution prolétarienne, mais croit-on matérialiste d’estimer que la révolution naîtra sans luttes préparatoires, sans défaites, sans victoires partielles ? L’esprit d’organisation, la discipline révolutionnaire sont des qualités prolétariennes acquises sur les chaînes de production ; penser « sauter » par-dessus ces qualités et donner le primat à la théorie déconnectée de toute pratique de classe, revient chaque jour à renforcer le capitalisme ! Les appels incantatoires à la révolution résonnent comme des phrases creuses s’ils ne s’accompagnent pas d’un travail opiniâtre, long, exigeant dans les luttes quotidiennes : grèves, manifestations pour lier ces luttes (parfois très loin de l’anticapitalisme) à la nécessité de le combattre jusqu’à son renversement.

La révolution socialiste est le point culminant, qualitatif (il y a un avant et un après) du processus de luttes qui apparaîtront, à la lumière de la révolution victorieuse, comme autant de petites batailles tactiques qui ont armé politiquement la classe ouvrière et ses alliés. La lutte finale s’initie dans les luttes quotidiennes pour les salaires, l’emploi, les services publics, dans la dénonciation des scandales financiers à l’époque du capitalisme parasitaire, dans l’union de classe entre les peuples opprimés par l’impérialisme français et la classe ouvrière de la métropole, dans la dénonciation et le combat contre les guerres impérialistes. Aux impatients et aux capitulards, nous disons qu’à condition que les communistes opèrent un long travail préparatoire politique et idéologique, tôt ou tard, les conditions objectives faites aux travailleurs entreront en contradiction avec leurs conceptions influencées parfois par la propagande capitaliste.

La conjoncture économique dramatique peut aider les masses à percevoir que le capitalisme est bien l’obstacle à la résolution de l’ensemble de leurs problèmes, que la bourgeoisie monopoliste est l’adversaire de leur émancipation.

Les conditions objectives engendrant la nécessité d’une rupture révolutionnaire avec le système d’exploitation sont mûres depuis longtemps. Ce qui retarde sur les besoins réels, c’est la qualité des directions ouvrières, tant syndicale que politique. Fait défaut ce que Marx et Lénine appellent le facteur subjectif : un parti révolutionnaire, communiste de type bolchévique et une centrale de lutte de classes.

Un parti réellement communiste, doté d’une direction armée du marxisme-léninisme, doit tracer les perspectives de combat en sachant analyser le monde réel, définir la ligne, les mots d’ordre, les alliances de classe pour rassembler et vaincre le capital, en le renversant au moyen d’une révolution ouvrière, populaire et socialiste. Le parti communiste n’est une avant-garde révolutionnaire que si, reconnu comme telle, il sait guider les larges masses en lutte. Cela implique d’apprendre du mouvement ouvrier, de ses forces et de ses faiblesses, non pour s’en tenir à l’état existant, mais pour le transformer révolutionnairement. Cela exige le soutien politique aux luttes, en organisant la solidarité de classes dans les autres entreprises et catégories de travailleurs, en apportant un éclairage franc mais toujours solidaire. Une organisation communiste est jugée sur sa pratique sociale, sur sa capacité théorique à lier les principes marxistes à une réalité qu’il faut transformer radicalement.

En France, la classe ouvrière et les travailleurs (même s’ils n’en ont pas conscience) ont subi une double et lourde défaite (la plus grave depuis la Commune) : tout d’abord, avec le triomphe, après des décennies de révisionnisme (abandon du marxisme-léninisme et de la lutte de classes comme moteur du développement), de la contre-révolution bourgeoise en URSS ; ensuite avec la liquidation de nombreux détachements du Mouvement communiste international (MCI) dont le PCF.

Ce dernier continue d’exister, d’avoir une influence non négligeable, mais sa théorie et sa pratique en font un parti de type social-démocrate, qui prône l’alliance avec un parti du capital, le PS social-libéral. Non guidé par le marxisme, le PCF lutte pour de « bonnes réformes » dans le cadre d’un gouvernement sous l’hégémonie et la direction d’un parti « socialiste » en incapacité notoire de se différencier, sur le fond, de la politique de Sarkozy. De plus, outre son alliance destructrice quant aux intérêts des travailleurs, le PCF ne propose qu’un simple saupoudrage de mesures sociales dans le cadre du système d’exploitation, impossibles à réaliser puisque mêmes timides, elle supposent le consentement du capital, ce que la crise et la gestion néolibérale (seul moyen pour réaliser le maximum de profits dans la crise permanente) lui interdisent.

L’URCF juge que l’on ne peut s’en tenir à la simple critique du révisionnisme qui a engendré la liquidation, mais qu’on doit aussi proposer une pratique alternative révolutionnaire nouvelle.

Le PCF, même formellement communiste, s’est avéré dans l’incapacité de relier les tâches démocratiques, revendicatives, à la stratégie de renversement du capitalisme par la révolution. Le socialisme était défendu, mais comme un « but lointain », dont on ne traçait pas la voie, l’accent était mis prioritairement sur la conquête d’une « démocratie avancée ». L’opportunisme du PCF se fixait sur les tâches intermédiaires qui ne méritent ce qualificatif que si elles sont reliées au but stratégique. Des gains étaient provisoires et électoraux, mais cela ne permettait pas l’acquisition d’une conscience anticapitaliste par la majorité de la classe ouvrière.

En Mai 68, les contradictions de cette politique et la crise politique se manifestèrent avec ampleur. Le PCF fut dans l’incapacité de développer une politique de construction d’un front de libération anticapitaliste, et n’eut d’autres ressources que de s’abriter derrière le mouvement syndical (économisme) et de proposer « de nouvelles élections ».

Lénine s’est appuyé, dans la révolution russe, sur le lien dialectique entre le combat pour la démocratie et le combat pour le socialisme.

Contrairement aux doctrinaires craintifs devant les contradictions découlant de la pratique sociale, l’URCF estime, qu’outre les droits sociaux, les marxistes-léninistes doivent défendre des revendications démocratiques qui correspondent aux aspirations des masses, qui facilitent le travail révolutionnaire et font apparaître le prolétariat comme le dirigeant naturel du camp démocratique et progressiste. Mais ce combat pour les droits démocratiques n’a de sens qu’en lien avec le combat révolutionnaire pour le socialisme, combats qui sont interactifs, non séparés par une « muraille de Chine » du type « d’abord la démocratie, ensuite le combat pour le socialisme ». Séparer non dialectiquement combat intermédiaire et combat stratégique entraîne un opportunisme dans la pratique.

Nous devons tirer les premières leçons de cette déviation : dans chaque lutte partielle, dans chaque combat pour les droits démocratiques, anti-guerre et anti-impérialiste, il faut relier les revendications et luttes ponctuelles à la dénonciation générale du capitalisme qui est à la source de toutes les difficultés.

C’est le sens de notre campagne permanente « Accusons le capitalisme », dont la finalité est de contribuer à forger un front réellement anticapitaliste, dont l’objectif historique sera de renverser, par une révolution de masse, le système d’exploitation de l’homme par l’homme. Cette tactique est notre moyen d’inter-vention dans les entreprises.

La question centrale est de renforcer le processus commencé pour construire un véritable parti communiste. Cela passe par l’unification des organisations communistes, en conduisant le « nécessaire processus de démarcation pour mieux s’unir ». A ce stade, gommer les divergences de principe ou d’application pour ne pas ralentir l’unification, n’est pas la position juste.

La construction du parti s’effectue dans un combat permanent contre l’opportunisme qui apparaît souvent à partir d’une vue unilatérale et non dialectique de phénomènes sociaux et politiques. Si ensemble, une fois la vérification du degré d’unité réalisée, nous donnons le feu vert à l’unification, c’est parce que ses bases seront solides et non superficielles.

De multiples organisations (séparées) se réclament de la construction du nouveau Parti, mais beaucoup aussi, par la « gestion quotidienne » de leur organisation, tendent à perdre de vue la nécessité et l’urgence de fonder le Parti.

La grande majorité d’entre elles sont sorties du PCF pour mener une politique indépendante. Il existe encore une opposition interne de gauche, dans le parti de M.-G. Buffet, mais son militantisme s’effectue en « contre » des choix de la direction, sans faire ce travail politique indépendant. Ce néo-kautskysme détourne l’attention des communistes de l’objectif central de construction du Parti communiste en France.

Certaines organisations mettent des conditions exorbitantes à l’unité d’action, et exigent de leurs partenaires potentiels qu’ils se fondent dans le moule de leur originalité et de leur identité ; d’autres, mesurant la faiblesse du courant révolutionnaire, font des « combinazione » avec la direction révisionniste du PCF.

D’autres prônent un splendide isolement en ignorant les autres organisations ; sans doute ces camarades gagnent-ils une certaine quiétude, mais ils se détournent de la voie conduisant à la formation d’un parti ouvrier unifié des communistes.

Nous le disons franchement, cela ne fait pas le compte. Les divergences sont réelles et non négligeables, nous sommes tous héritiers de la même histoire dont nous n’avons pas la même lecture, nous n’avons pas tous la même tactique ni peut-être la même stratégie.

Mais l’unité d’action doit être notre loi commune, ainsi nous donnerons un élan au mouvement communiste de France, dont chaque organisation, séparément et collectivement, tirera profit. Les exemples ne manquent pas : politique réaction-naire de Sarkozy, projet liberticide EDVIGE, guerre de l’impérialisme français en Afghanistan, politique antipopulaire de l’UE…

Sans attendre, l’URCF considère (autre divergence avec certaines organisations) qu’avant même la fondation du parti, le travail prioritaire doit s’effectuer en direction de la classe ouvrière. C’est la classe ouvrière qui sera le noyau du futur parti, c’est dans les entreprises que se déroule le combat quotidien contre le capital. Les communistes doivent s’inspirer de cette donnée double, en donnant, dans la bataille de l’adhésion, la priorité aux travailleurs et en particulier aux ouvriers, et ainsi créer des cellules d’usine ; ensuite, les communistes doivent avoir un mode spécifique d’organisation dans l’entreprise ; mode spécifique découlant des tâches spécifiques.

La section communiste d’entreprise (y compris avant la naissance du parti) doit devenir le principal vecteur de la diffusion de la conscience anticapitaliste jusqu’au bout, c’est-à-dire la compréhension de la nécessité historique qu’il faut renverser le capitalisme pour permettre aux travailleurs de disposer librement des richesses qu’ils produisent.

N’est-ce pas le propre du syndicat que d’organiser les travailleurs collectivement, là où ils sont exploités ?

Si, bien sûr, les membres de l’URCF œuvrent au développement de la syndicalisation trop faible en France, en raison de l’absence de libertés et droits syndicaux dans la majorité des PME, de l’absence de résultats probants (collectivement) pour toute une nouvelle génération qui voit même, aux côtés de ses aînés, la destruction de conquêtes qu’elle n’a pas connues. Le syndicat est irremplaçable dans la bataille quotidienne pour l’ensemble des revendications sociales. Il doit regrouper les travailleurs sans distinction d’opinions politiques, religieuses, c’est l’organe de défense de toute la classe.

En France et Italie, les travailleurs avaient forgé de grandes centrales (CGT, CGIL) qui possédaient la particularité (en Europe) de se réclamer en théorie et en pratique du syndicalisme de lutte de classes. Dans de tels syndicats, les syndicalistes communistes, tout en s’unissant à l’ensemble des camarades d’autres affiliations, ont su politiser la classe et limiter les manœuvres et influences des tendances cléricales et réformistes dans la classe ouvrière, à la différence des autres pays. Les conséquences positives de l’existence de centrales de classe et de masse sont innombrables : conquête de droits sociaux et démocratiques, influence et rôle accru de la classe ouvrière sur la scène politique, aspiration à construire une société débarrassée de l’exploitation capitaliste, abolissant le salariat : le socialisme, dans la perspective du communisme. Nous disons « aspiration », car s’il est décisif que la majorité des rangs du syndicat de classe soient acquis à la conviction que le socialisme est la seule réponse progressiste à la barbarie du capitalisme, cela ne fait pas pour autant du syndicat le principal instrument de lutte révolutionnaire pour le socialisme.

Ce rôle est celui du Parti communiste qui regroupe, lui, l’avant-garde de la classe ouvrière, c’est-à-dire les porteurs d’une conception matérialiste du monde, conception prolétarienne et acquise à la nécessité et à l’activité pratique pour la rupture avec le capitalisme.
Parti dont la mission est d’entraîner les larges masses à la révolution socialiste.

Il y a une corrélation étroite entre l’existence d’un parti ouvrier de type marxiste-léniniste et celle d’une centrale de lutte de classe. Nous n’en tirons pas une théorie absolue selon laquelle une centrale de cette nature ne peut exister sans parti communiste, mais convenons que c’est infiniment plus complexe et difficile.

D’autant que l’expérience à la fois de la CGT et de la CGIL montre qu’au fur et à mesure de la montée de l’opportunisme, de la consolidation puis de la victoire du révisionnisme moderne (dans la ligne du XXème congrès du PCUS), le syndicalisme a commencé à perdre ses repères de classe, à modifier sa pratique de lutte pour sombrer dans la collaboration de classe, l’acceptation et l’aménagement du système capitaliste. La double liquidation de la CGT et de la CGIL, comme centrales de lutte de classe, a eu pour résultat d’aligner ces syndicats sur l’ensemble des syndicats cléricaux et réformistes d’Europe. Ces abandons ont réactivé l’anarcho-syndicalisme.

Lénine a tracé les limites entre l’anticapitalisme d’une centrale de combat et celui du parti révolutionnaire communiste :

Le syndicalisme est objectivement (c’est-à-dire dans la réalité quotidienne) réformiste. Son anticapitalisme (s’il est acquis à cette conception) le conduit à se battre sur le terrain de la défense quotidienne des forces du travail, à arracher de nouveaux droits, à améliorer le quotidien jusqu’au relâchement de la lutte de classes, après quoi il faut réactiver le combat. C’est un anticapitalisme défensif qui œuvre avant tout contre les conséquences du capitalisme, en intervenant dans le cadre des rapports de production bourgeois, capitalistes, c’est-à-dire dans le cadre du mode de production existant. Au fur et à mesure des progrès dans la diffusion de la conscience de classe « pour soi », le syndicalisme, influencé par les marxistes-léninistes, peut se transformer en auxiliaire de la révolution.

En disant cela, nous rappelons que sans combat syndical âpre, difficile, exigeant, il ne saurait y avoir de combat encore plus âpre, difficile, exigeant, pour la révolution anticapitaliste socialiste. La bataille syndicale est la mère de toutes les autres parce qu’elle diffuse la nécessité du combat quotidien contre la dictature des monopoles.

Mais ne lui faisons pas interpréter une partition qui n’est pas la sienne.

Le parti communiste va œuvrer à un anticapitalisme offensif, jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à la subversion des rapports de production bourgeois, à leur destruction par une nouvelle révolution prolétarienne. Sa mission étant de tout autre nature, il va regrouper les membres du prolétariat acquis au marxisme et au travail pour la révolution ; à cet égard, il ne peut regrouper toute la classe, même s’il vise à conquérir, au moment de la révolution, comme condition préalable de celle-ci, la majorité active de la classe ouvrière et des travailleurs.

Cette distinction acquise entre travail syndical et communiste, revenons sur la nécessité du travail spécifique des sections communistes d’entreprise.

En effet, nous tirons une leçon capitale de la victoire de l’opportunisme et du révisionnisme, c’est l’importance, pour créer une organisation communiste de type bolchevique et non une secte de doctrinaires, d’un travail indépendant des communistes dans les usines et entreprises. Très souvent, les traditions opportunistes et anarcho-syndicalistes réduisent le militantisme communiste dans l’entreprise à « l’éducation » idéologique et politique, au développement du syndicat et des luttes. Nous ne nions pas la nécessité de ce travail. Mais c’est un produit accessoire du travail communiste dans l’usine. L’essentiel réside dans le travail idéologique, politique, pratique, pour forger auprès des travailleurs et des syndicalistes les plus combatifs, une conscience véritablement révolutionnaire anticapitaliste.

Pour cela, il faut apporter l’éclairage sur le rôle de tel ou tel monopole, informer sur les membres du conseil d’administration, sur les profits et le pillage impérialiste du groupe, éveiller la haine de classe contre l’ensemble du système capitaliste, en démontrant que l’exploitation est collective ; le plus décisif étant le travail politique anticapitaliste, dénonçant les partis bourgeois et réformistes, leurs manœuvres, leurs alliances, diffusant patiemment la nécessité du socialisme comme unique réponse populaire, analysant la voie conduisant à la révolution, ce qui implique le travail d’explication sur l’Etat comme organe de dictature de classe. Ce sont des tâches que la section syndicale ne peut pas faire sans tomber dans les travers d’une secte impuissante, puisque ne regroupant pas toute la classe.

De ce rôle révolutionnaire découle une forme d’organisation appropriée. Si le patronat a du mal à tolérer la riposte syndicale, il envisagera encore moins la diffusion des idées révolutionnaires dans son entreprise, idées qui vont jusqu’à appeler à la nécessité de renverser le pouvoir de la bourgeoisie monopoliste. Même les tenants des théories opportunistes sur l’Etat capitaliste reconnaissent la dictature patronale sur l’entreprise ; il faut donc une section communiste clandestine, apte à déjouer la féroce répression prévisible, refusant toute pose « révolutionnaire », pour se montrer un communiste efficace et responsable. Les communistes de la localité doivent être les diffuseurs des tracts et journaux à l’extérieur de l’entreprise, afin de faciliter le travail spécifique des militants de l’intérieur.

C’est une pratique qui renoue avec les traditions de bolchevisation de l’Internationale Communiste bien oubliées, c’est la voie obligée pour reconstruire le parti ouvrier, communiste, révolutionnaire, dont les travailleurs ont besoin pour se libérer des chaînes de l’exploitation et de l’oppression, pour se libérer du capitalisme.

URCF - 24 juillet 2009