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1er et Second degrés : les raisons de la colère

mardi 8 septembre 2015

17 septembre : grève des enseignants du second degré contre la réforme du collège

Dans le second degré, mis à part l’UNSA et la CFDT, qui sont
cul et chemise avec le gouvernement, toutes les autres
organisations syndicales appellent à une nouvelle grève contre
la réforme du collège le 17 septembre.

On attend encore les fameux 60 000 postes dans l’éducation nationale
promis par le candidat Hollande.

Effectifs et conditions de travail

Dans le premier degré, les
départements ont eu des dotations soit carrément en baisse, soit en
hausse insuffisante pour absorber l’augmentation du nombre d’élève.

On ne résiste pas à évoquer le tour de passe-passe concernant
l’académie de Créteil, la plus déficitaire de France en matière de
professeurs des écoles. Le ministère a ouvert au printemps un concours
spécial pour recruter 400 enseignants de plus dans cette seule
académie. Oui mais… Lorsque le concours « normal » est arrivé, on
s’est aperçu qu’il offrait 500 places de moins que l’année précédente.
Donc, globalement, les effectifs des classes continuent de monter. Au
lieu, comme il l’avait annoncé, de rétablir la formation des stagiaires, le
gouvernement les utilise comme variables d’ajustement en les mettant
en poste directement (ça fait des économies). Le maintien du
recrutement à bac plus cinq, décidé sous Sarkozy a en outre pour effet
de changer peu à peu la sociologie des enseignants, bien plus
nombreux à être issus de milieux petits bourgeois désormais et à
laisser sur le carreau de nombreux étudiants de familles ouvrières qui
ont du mal financièrement à poursuivre des études au-delà de la
licence.

Ensuite, c’est la dégradation continue des conditions d’étude des élèves
et des conditions de travail des enseignants grâce à la réforme
réactionnaire des rythmes scolaires. Selon que la commune sera
puissante ou misérable, les activités périscolaires proposées seront ou
pas enrichissantes. Et quand elles le sont, c’est la marque d’une volonté
politique de telle ou telle commune de prendre des compétences qui
appartiennent à l’école. C’est moins de piscine, moins de gymnase,
moins d’activités culturelles dans les villes, puisque ces choses se font
dans le cadre du périscolaire que privilégie la commune. Ensuite, la
réforme a dressé un mur entre les deux types d’activité : scolaire et
périscolaire, pas de lien, pas de cohérence, seulement des conflits de
compétences ou de locaux… Enfin, la journée de l’enfant est loin d’avoir
diminué, il est juste fatigué un peu plus tôt dans la semaine qu’avant.

On sent bien que le but final est celui d’un désengagement total de
l’Etat et d’une territorialisation de l’école.

L’aspect idéologique

La politique menée par la gauche ne change rien à cette affaire. Elle
poursuit deux buts parallèles : limiter les possibilités d’émancipation
des enfants du peuple et les formater au maximum, leur faire avaler
que le capitalisme est le meilleur des mondes possible.

L’ensemble de la gauche politique n’arrête pas de nous rebattre
les oreilles avec la refondation de l’Ecole, comme si quelque
chose avait changé. Le principal outil de la formation de nos enfants
est le socle commun, créé par Fillon en 2005, enrichi par Darcos en
2008 et sacralisé par Peillon en 2013. C’est cette même volonté de ne
pas permettre aux enfants d’envisager tel ou tel savoir-faire dans sa
globalité, de lui permettre de s’y exercer, mais, au contraire de les
mettre dans la situation de futurs travailleurs ne maîtrisant qu’une ou
deux micro-compétences. Ce socle commun, c’est l’adaptation de
l’Ecole aux besoins actuels du patronat en France : des travailleurs peu
ou pas qualifiés.

C’est dans les nouveaux programmes de maternelle (déjà sortis) et
d’élémentaire (à venir) que l’on découvre concrètement ce que signifie
la décision politique d’empêcher l’émancipation des enfants. La lecture
est désormais conçue tout à fait officiellement non pas comme la
compréhension d’un message écrit mais comme la traduction d’écrit en
oral, quelque chose qui se parlerait. L’école a donc pour but de
fabriquer des gens qui n’auront plus le goût de lire, car l’activité sera
trop fastidieuse. La Bourgeoisie a toujours été réticente à mettre les
livres à portée des ouvriers, des salariés ou de leurs enfants : ils
ouvrent des horizons et permettent d’aider à trouver les clés du
fonctionnement du monde…

Nous avons ensuite droit à l’arrivée dans tout le parcours scolaire d’un
nouvel enseignement : celui de l’éducation morale et civique. Il n’est
pas difficile de comprendre ce que cela signifie : les enseignants sont
conviés à « transmettre les valeurs de la République », laquelle est
définie comme « laïque, démocratique et sociale » rien de moins. Ils
sont enjoints à la transmission et à la neutralité : ils doivent faire
avaler les valeurs du capitalisme sans esprit critique, sans même en
susciter chez les élèves. A noter que la charte de la laïcité, fournie cette
année avec les documents accompagnant les programmes d’EMC
commence par un article 1 qui dit entre autres : « La République
respecte toutes les croyances » avant de parler de combat contre, par
exemple, les discriminations. Si l’on compare, l’article 1 de la loi de
1905 dit lui « La République ne reconnaît aucun culte. » C’est assez
éclairant sur la conception qu’a ce gouvernement : il met de
côté la loi de 1905 et ne défend pas la laïcité, mais
l’œcuménisme ; nous passons de : « Vis ta religion dans ta sphère
privée uniquement » à « Pas d’offense aux religions à l’école ». Une
pierre de plus dans l’édifice idéologique d’insertion au système que
bâtit le parti au pouvoir.

Des ferments de lutte

Tout cela ne paraît pas bien encourageant. Pourtant, derrière cet état
des lieus se cache une volonté accrue de ne pas se laisser faire chez les
enseignants.

Dans le premier degré, les conditions de travail
dégradées ; le salaire bloqué depuis des années et l’impression d’avoir
un gouvernement qui se moque des salariés entraînent une ambiance
où la colère l’emporte sur la morosité. Le lien se fait plus facilement
qu’avant avec la situation économique et sociale en général, l’austérité
et le pacte de responsabilité. Un peu partout des grèves ont eu lieu le
jour de la rentrée pour obtenir des ouvertures de classe.
Dans les salles des profs et des maîtres, on évoque la journée
du 8 octobre qui verra peut-être une grève.

Cette rentrée se place sous le signe de l’austérité et du contrôle
idéologique renforcés, mais l’envie d’en découdre grandit aussi.