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Après les élections législatives en Turquie 

vendredi 6 novembre 2015

Elles ont été marquées par le succès du parti AKP du premier Ministre Erdogan. Il obtient la majorité absolue sans que se dégage une alternative crédible à son pouvoir.

Ces élections, voulues par le pouvoir à la suite de son échec relatif de juin se sont déroulées dans un climat de grande tension voulu et entretenu par les dirigeants turcs. La reprise des combats contre les kurdes du PKK mettant fin à une trêve de plusieurs mois, les actions commandos contre les opposants, la fermeture des médias opposés au pouvoir et l’horrible attentat d’Ankara qui a fait plus de cent morts ont créé un climat permettant de rallier à nouveau au pouvoir une partie des couches sociales qui aspirent à l’ordre et à la tranquillité.
Erdogan et son parti ont tiré les marrons du feu d’une situation qu’ils ont entretenue.

Il faut aller au-delà d’une analyse qui ne mettrait en avant que le caractère des hommes qui exercent le pouvoir. Leurs desseins sont largement déterminés par les intérêts des forces sociales dominantes, en l’occurrence celle de la bourgeoisie turque, qui du fait du développement capitaliste rapide dans ce pays aspire à prendre sa place dans le système impérialiste mondial. Face aux menaces que représentent les luttes sociales, la bourgeoisie a besoin d’un état plus fort et plus ouvertement à son service. C’est ce que vise l’objectif d’un pouvoir présidentiel. De même, l’appartenance à l’OTAN de la Turquie et la conjugaison de cette appartenance avec la volonté de domination régionale entraîne ce pays dans des interventions de plus en plus militaires pour prendre sa part dans le repartage du Moyen-Orient.
Dans ces conditions, elle intervient ouvertement contre la Syrie et laisse le champ libre aux groupes de mercenaires qu’ils soient affiliés à Al Qaida ou à Daesh. D’ailleurs son appartenance à la coalition « anti-Daech » l’a plus amenée à bombarder les kurdes du PKK que les troupes qui opèrent pour le compte de l’impérialisme en Syrie et en Irak.
Voulant asseoir sa place de puissance régionale, la Turquie louvoie entre les principaux protagonistes des conflits, en se laissant une marge de manœuvre assez grande pour participer, en fonction de ses rapports de force inter-impérialistes, au dépeçage final. Dans ces conditions d’interventionnisme armé, il est clair que le pouvoir veut exercer une tutelle plus pressante sur le peuple travailleur et l’associer au nom du nationalisme à son projet. De ce point de vue Erdogan et son parti sont aux yeux des forces de la bourgeoisie les mieux à même de remplir ces objectifs.

Les trois autres formations qui ont obtenu des sièges au parlement, les sociaux démocrates, la droite nationaliste et le parti pro-kurde ne sont pas en mesure d’inquiéter l’AKP.