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MALTHUS LE RETOUR

2008

Chacun a, au moins une fois dans sa vie, entendu le mot « malthusien ». L’adjectif vient du nom d’un économiste anglais du XVIIIe siècle. Marx, dans ses ouvrages, ne cache pas son mépris pour l’œuvre de ce personnage et n’épargne pas les traits d’ironie à son égard. Alors pourquoi annoncer son retour, espèce de scoop d’Intervention Communiste peu réputée au demeurant pour croire aux fantômes ? Encore que personne ne soit censé ignorer « Qu’un spectre hante l’Europe, le spectre du communisme » !

Malthus écrit au début de la révolution industrielle en Angleterre. La bourgeoisie anglaise, et l’aristocratie à laquelle elle est alliée depuis 1682, ont vidé les campagnes de la paysannerie pauvre et sans terre. Une masse considérable de misérables s’entasse dans les faubourgs des villes, offrant sur le marché du travail une force de travail bon marché. Ces misérables crèvent de faim, et la bourgeoisie, dont l’humanité est légendaire, édicte des lois qui conduisent à la potence les voleurs de pains, et enferment dans des bagnes (work-house, maison de travail) les vagabonds, les filles-mères et les orphelins ; ils y travaillent pour le patronat gratuitement, si ce n’est contre un repas infâme, un grabat, des coups de fouet et le cachot. Mais la révolte gronde. Spontanément, elle prend la forme du vol, mais la situation peut à tout moment devenir explosive et déboucher sur une révolution sociale. Malthus est inquiet !

Tout d’abord l’homme est profondément réactionnaire : il ne croit pas au progrès et, par conséquent, à l’opposé de nombre de ces contemporains, il est persuadé que la somme des récoltes agricoles possibles est donnée une fois pour toute. Il écarte donc toute progression de la production. Voyant les miséreux proliférer avec des familles nombreuses, il avance l’idée que si l’on veut que les riches soient plus riches, et qu’ils puissent jouir légitimement de leur propriété et de leurs talents, il faut donc réduire le nombre de pauvres. Par conséquent, aucune aide ne doit leur être apportée et la famine est salvatrice puisqu’elle régule par la mort le nombre d’habitants. D’autre part, il voit d’autres avantages à sa proposition. La diminution du nombre de pauvres réduira les risques de révolution puisque ceux-ci ne constitueront plus une masse suffisante pour troubler l’ordre social. C’est la raison pour laquelle il faut, sans attendre la famine, réduire les naissances chez les pauvres en fonction des besoins en main-d’œuvre, les enfants en surnombre (puisque les parents ne peuvent les nourrir) étant la cause de la misère. Enfin, dernière bonne idée, l’assistance, les lois sociales et autres charges confortent les pauvres dans leur fainéantise et leur jalousie, traits moraux caractérisant ces classes dangereuses (l’expression n’est pas de lui, mais il dit la même chose).

Un certains nombre de ces arguments sont ceux de la bourgeoisie impérialistes d’aujourd’hui. Par exemple, quand le FMI explique qu’il faut limiter les naissances dans le Tiers Monde ; on sait que les Etats-Unis, en Amérique Latine, mais aussi dans les ghettos et les réserves pratiquent la stérilisation des femmes, dans la plupart des cas sans les avoir prévenues. Mais c’est aussi Malthus qui inspire la bourgeoisie française, et les autres, quand elle justifie les attaques contre la sécurité sociale et le Droit à la retraite. Parce qu’elles aboutissent dans tous les cas à une augmentation de la mortalité chez les bouches inutiles. Exiger quarante deux ans et demi de cotisations (et les quarante cinq ans à l’étape suivante), c’est réduire l’espérance de vie chez les plus pauvres de deux à trois ans par année. Mais ce gouvernement criminel va plus loin. Dans sa volonté de pousser les fonds de pension, dont seuls les moins défavorisés chez les salariés pourraient profiter (s’il n’y a pas de chômage, ni faillite des fonds de pension), le gouvernement accentue la paupérisation avec le système de la décote et, le combinant avec la réforme de la sécurité sociale, il programme la mort des « bouches inutiles ».

Alors que le progrès permet d’envisager une augmentation de l’espérance de vie, la bourgeoisie, elle, prépare une baisse de celle-ci chez les non-fortunés. Sur fond de chômage (deux salariés du privé sur trois de plus de cinquante cinq ans est en préretraite, or elle est supprimée), augmenter l’âge du départ à la retraite, réduire à son minimum la couverture sociale maladie, contraindre les mutuelles à fonctionner sur le mode des assurances privées, c’est bel et bien un programme malthusien de mise à mort d’une partie de la population pour permettre à une poignée de nantis d’accroître ses profits.

L’illustration, à l’échelle réelle, des conséquences de cette politique nous a été fournie cet été ! Ce n’est pas tant la canicule qui a tué, c’est la politique de fermeture des lits d’hôpitaux, c’est l’absence de structures d’encadrement, c’est le plan Juppé, que ces messieurs et dames de la Gauche plurielle et de la CFDT ont soutenu ou mis en œuvre ! Le PS a bonne mine d’essayer d’en tirer parti, lui qui, depuis 1981, quand il a été aux commandes, a pratiqué une politique de santé allant dans le même sens ! Et qui, dans l’application de sa loi de régulation sociale sur les 35 h, a sciemment, et au mépris des discours tenus, appliqué le principe des moyens constants mettant en œuvre une politique malthusienne de santé en réduisant l’encadrement médical. C’est une politique de classe qui a provoqué une surmortalité de cette ampleur : qui oserait nier que l’on est mort moins nombreux dans les XVI et VIIIe arrondissements qu’à La Courneuve ou dans le XVIIIe ? Pendant ce temps là, les Sarkozy, les Raffarin, les Chirac et les Devedjan, prenaient tranquillement leurs vacances : ce n’étaient pas les leurs qui mourraient !

Et tout comme Malthus justifiait son raisonnement par « l’impossibilité » d’augmenter les rendements agricoles, nos malthusiens d’aujourd’hui s’en vont répétant que la démographie et l’allongement de la durée de vie seraient les responsables ! En réalité, ce système porteur de mort, d’égoïsme monstrueux, de scandales incroyables, de mensonges grossiers, de mépris pour les êtres humains, ce système, il faut le renverser, il faut que les travailleurs, les retraités, la jeunesse soient les maîtres de leur destinée grâce au pouvoir de la classe ouvrière d’aujourd’hui ; il faut que les richesses appartiennent au peuple et qu’elles soient au service du peuple pour satisfaire ses besoins. Seule la Révolution Socialiste peut en effet enterrer Malthus et ses épigones à jamais.

Maurice Cukierman