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1939, le tournant réactionnaire

2009

A peine un an avant l’entrée des troupes hitlériennes à Paris, c’est sous la 3e République que les représentants de la bourgeoisie au pouvoir dissolvent le Parti Communiste Français et emprisonnent ses élus et ses meilleurs militants… La période charnière 1938-1940, caractérisée par l’avancée des forces fascistes en Europe centrale et occidentale est, pour la France, celle de la rupture avec le Front Populaire (1), du glissement à droite de la petite et moyenne bourgeoisie et, parallèlement, de la préparation des forces antifascistes et du PCF à l’affrontement majeur avec le détachement avancé de la bourgeoisie monopoliste : l’ Allemagne nazie et ses agents.

Cette bourgeoisie monopoliste doit faire face à la crise aiguë du capitalisme au stade impérialiste (partage achevé de vastes régions du globe entre grandes puissances, fusion du capital bancaire et industriel… cf Lénine) et à l’essor du mouvement communiste dont l’avant- garde est l’Union Soviétique qui a réalisé l’alliance des ouvriers et des paysans, construit avec succès un pays moderne sous la direction du PC (b)US et de J.V.Staline. La lutte de classe intense qui s’ensuit pousse la bourgeoisie à mener une politique de réaction sur toute la ligne. Selon la force des travailleurs, elle dispose de deux tactiques : le recours aux réformes par le biais de la social- démocratie ; la répression, qui peut se combiner avec la première ou aller jusqu’ à la dictature terroriste ouverte : le fascisme.

Sur les aspects de la tactique du mouvement communiste face au fascisme adopté au 7e congrès de l’Internationale, nous renvoyons le lecteur au rapport de G.Dimitrov. L’alternative n’était plus entre démocratie bourgeoise et dictature du prolétariat, mais entre démocratie et fascisme. La tâche des communistes était d’unir la classe ouvrière aux couches moyennes afin de les empêcher de basculer vers le fascisme, sur la base d’un front unique de défense des revendications des travailleurs et de la démocratie.

La théorie marxiste-léniniste sur la nature de l’Etat bourgeois- instrument d’oppression et d’exploitation du prolétariat n’était pas infirmée, mais la contradiction fondamentale passait au second plan dans la tactique, l’urgence étant d’empêcher la destruction des libertés indispensables à la lutte du prolétariat. L’offensive du fascisme et la riposte contre celleci allait engendrer une démarcation au sein de la socialdémocratie entre éléments progressistes et réactionnaires. En France, comme dans d’autres pays, ces derniers s’opposèrent de toutes leurs forces à l’unité d’action des ouvriers communistes et socialistes et s’engagèrent dans une politique de concessions, de capitulations, puis de collaboration avec le fascisme. La formule est restée célèbre : " plutôt Hitler que le Front Populaire ".

Le gouvernement aida le patronat à fermer des usines et à licencier des milliers de travailleurs et, à coup de décrets-lois, réduisit leur pouvoir d’achat et aggrava les conditions de travail. Les acquis obtenus le furent par la lutte, malgré la répression anti-syndicale, et grâce au PCF qui dut intervenir pour empêcher l’envoi de la troupe dans les usines occupées. Bref, le pouvoir SFIOradicaux restait au service des " 200 familles " et freinait le mouvement social. Par contre, les agents hitlériens avaient les mains libres dans l’appareil d’Etat. Sur le plan extérieur, c’était la politique de " nonintervention " en Espagne et l’intervention active pour empêcher toute solidarité avec la République Espagnole.

Puis les honteux accords de Munich donnant le feu vert à Hitler pour son expansion à l’Est. Malgré quelques erreurs (surestimation de l’héritage de 1789, épisode du " front français " sous-estimation du rôle du prolétariat dans le front unique) le PCF, avec l’aide de l’Internationale Communiste, sut globalement déceler les dangers inévitables dans une entente avec une petite bourgeoisie instable, hésitante, tiraillée entre son anticommunisme, sa haine de la classe ouvrière, et son opposition d’intérêts avec les monopoles.

Le 5/10/1938, un pacte d’amitié franco-allemand était déjà signé par le ministre Bonnet et Ribbentrop à Paris. Pendant toute l’année 1939, la France, de concert avec la Grande-Bretagne, allait faire son possible pour empêcher la conclusion d’un accord de sécurité collective avec l’URSS contre l’Allemagne et pousser Hitler à attaquer le pays du socialisme. Devant ces obstructions systématiques, Staline autorisa V. Molotov à signer le 23 août un pacte de non-agression avec l’Allemagne, qui donnera un répit de 2 ans à l’ URSS pour se préparer à la guerre (2).

Ce fut le prétexte pour la bourgeoisie pour accentuer la répression contre la classe ouvrière, ses organisations, son parti communiste. Le 25 août, Daladier interdit par décret l’Humanité et Ce soir. Quinton, député socialiste, lui demande " …d’interdire sans délai le parti communiste et de convoquer les Chambres pour permettre de jeter hors de notre Assemblée les traîtres à la Nation et à la classe ouvrière "(sic). La police et les milices du PPF de Doriot se déchaînent. Le 30/8, le journal " le temps " annonce 150 perquisitions et 40 arrestations.

La répression vise aussi les antifascistes espagnols réfugiés en France. Le député communiste Cyprien Quinet est arrêté pour avoir signé un tract expliquant le " pacte germano-soviétique ". Verdict : 3 mois de prison. Jusqu’ au bout, le Parti exigera le respect des lois constitutionnelles (plusieurs députés tenteront de reprendre leur place à la Chambre et en seront expulsés manu militari). Le 3/9, c’est la déclaration de guerre. Le 17, l’armée soviétique pénètre dans la partie non-occupée de la Pologne après la fuite du gouvernement et la fin de toute résistance de l’armée.

L’URSS récupère ainsi des territoires arrachés par l’intervention impérialiste en 1921 et libère les ouvriers et paysans du joug des capitalistes et des propriétaires fonciers. La presse française se déchaîne à nouveau. Le 26, Daladier décrète l’interdiction du PCF ; ses élus sont sommés de renier leur idéal sous peine de déchéance. Idem pour les dirigeants syndicaux. Réaction de Blum dans " le Populaire " : " j’ai le sentiment que la majorité de notre Parti trouvera la dissolution du PCF naturelle et légitime ". Beaucoup de députés et de cadres seront arrêtés (M. Thorez s’échappera de justesse) et certains seront livrés plus tard à l’occupant.

En avril 1940, le socialiste Sérol fera adopter un décret punissant de mort tout auteur de propagande communiste. Bien entendu, l’occupant hitlérien profitera pleinement des résultats de cette répression, et beaucoup de communistes arrêtés avant même l’occupation lui seront livrés. Le 22 octobre 1941, 27 communistes seront fusillés à Châteaubriant, dont les camarades Guy Môquet, Jean-Pierre Timbaud, Charles Michels… Quatre camarades, dont Fernand Grenier, avaient pu s’évader quelques jours plus tôt et purent reprendre le combat.

C’est sous la responsabilité du ministre pétainiste de l’intérieur Pucheu que la liste des otages à fusiller fut remise aux Allemands. Cet événement, dans une période où l’occupant croyait en finir avec la Résistance en recourant à la terreur et à des exécutions d’otages, provoqua au contraire la colère du peuple et son désir de vengeance. Les actions armées s’amplifièrent. Si le Parti sut faire face à cette situation tragique, mais au prix d’énormes pertes, ce fut grâce à l’ expérience acquise lors des luttes antifascistes de 1934 et celles des Brigades Internationales, à la direction et à l’organisation léninistes, au soutien de l’Internationale et de l’URSS.

Aujourd’hui, nous voyons des similitudes avec cette période : montée des contradictions entre grandes puissances, guerres impérialistes, d’abord contre le tiers-monde et des pays dont la politique indépendante entrave l’expansion du capital (Yougoslavie…), processus de fascisation (répressions anti-syndicales, montée en puissance de groupes de pression sur le modèle des ligues des contribuables des années 30 mobilisant une partie de la population contre les fonctionnaires et le droit de grève, renforcement de la police et de la gendarmerie). S’il y a des différences, c’est en défaveur de la classe ouvrière : disparition de l’URSS et du camp socialiste, destruction du mouvement communiste, repli du syndicalisme révolutionnaire. Les leçons de 1939 ne doivent pas être oubliées : le fascisme cherche à acquérir une base sociale par sa démagogie dans la classe ouvrière. Vigilance également par rapport à la social-démocratie, qui n’a pas hésité, dans l’Histoire, à porter des coups aux libertés démocratiques, aux militants révolutionnaires et syndicalistes et aux peuples coloniaux. Triste ironie de l’Histoire, de voir le PCF ressembler à la social démocratie des années 30. Il appartient donc à tous les communistes restés révolutionnaires de poursuivre la glorieuse histoire du PCF en reconstruisant leur Parti.