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Qu’est-ce que l’exploitation capitaliste ?

2009

L’exploitation capitaliste : concepts et mécanismes

Qu’est-ce que le capitalisme ?

Un des apports majeurs du marxisme est d’avoir démontré que le capitalisme n’est pas naturel : toute organisation sociale a un passé, un présent et … un avenir. Sous le régime capitaliste, l’activité économique et sociale est caractérisée par : - la propriété privée des moyens de production (bâtiments, machines, matières premières et énergétiques, et force de travail). La force de travail est la principale force productive : ce sont les capacités physiques et intellectuelles, les compétences (donc les sciences et techniques), les expériences des salariés des différents secteurs de la production et de la distribution. L’essentiel de l’activité économique se trouve ainsi orientée vers les intérêts des ces propriétaires, c’est-à-dire vers la recherche permanente du profit maximum (en fait du « surprofit »). Bien évidemment, à coté de cette propriété privée, largement dominante, il existe d’autres formes de propriété (d’État, mixte, coopérative, toutes capitalistes). - une production toujours plus socialisée : c’est-à-dire une production dans laquelle de nombreux salariés de divers métiers (jusqu’à une centaine de métiers, parfois ne résidant pas dans le même pays) participent à la fabrication d’un même produit (exemple, auto, avion). A cette structure économique correspond une structure politique, juridique, un État qui exprime et prend en charge les intérêts matériels et moraux dominants dans la société, à savoir les intérêts des capitalistes. L’Etat (capitaliste) peut être propriétaire de moyens de production : EDF, SNCF, GIAT, … qui sont (encore) des entreprises d’État ou nationales. Les capitalistes sont non seulement propriétaires de biens et de capitaux, mais, à la différence des artisans, des petits propriétaires et des petits paysans, ils ne participent pas directement à la production : ce sont les ouvriers (et plus largement, les salariés) qui utilisent les moyens de production. Propriété et position dans le processus de production sont donc nécessaires pour caractériser les capitalistes. En ignorant cette deuxième dimension, l’économie politique bourgeoise entretient la confusion et instille l’idée que le capitalisme est une organisation économique naturelle, puisque la propriété elle-même serait naturelle : les hommes préhistoriques n’étaient-ils pas propriétaires de leurs outils, bâtons et pierres ? Ainsi, sous le régime capitaliste, les ouvriers (et tous les salariés non actionnaires) sont non possédants, les capitalistes sont possédants. Les uns produisent contre un salaire, les autres ne produisent pas, mais réalisent du profit à partir de cette production. Les ouvriers vendent leur force de travail contre un salaire qu’ils consomment pour vivre et faire vivre leurs familles, en achetant des marchandises produites par eux-mêmes (ces marchandises ne leur appartenant pas). Les capitalistes engagent leurs capitaux et des salariés dans une production, mais ils ne le font pas dans un but humanitaire (donner du travail aux ouvriers) : ils le font en vue de la réalisation d’un profit, dont une partie seulement servira à satisfaire leurs besoins de consommation, l’autre partie servant à l’accumulation du Capital.

Ouvriers et capitalistes : opposition et unité dialectique

Les capitalistes cherchent à tirer le maximum de profit du travail des ouvriers, et les ouvriers cherchent à tirer le maximum de leur travail : leurs intérêts sont antagoniques. En schématisant, la vie des ouvriers comporte deux parties : - une partie pendant laquelle ils sont soumis aux capitalistes, car « nourris » par eux, puisque, dans ce système, l’entreprise ne fonctionne qu’avec les capitaux des capitalistes - une autre partie pendant laquelle ils luttent contre les capitalistes pour vendre leur force de travail au meilleur prix Aussi, les ouvriers sont des ouvriers dépendants des capitalistes, mais aussi des ouvriers capables de dominer les capitalistes puisque sans les ouvriers les usines ne peuvent fonctionner. Les capitalistes ne triomphent des ouvriers que parce qu’ils arrivent à leur faire croire qu’ils ne sont qu’ouvriers dépendants d’eux, qu’ils arrivent donc à cacher la deuxième partie de la relation dialectique entre capitalistes et ouvriers. Les ouvriers n’ont pas qu’une conscience en soi : ils peuvent et doivent avoir une conscience pour soi !

La structuration en classes sous le régime capitaliste

La société capitaliste est en permanence enceinte du conflit entre une production de plus en plus sociale et un bénéfice de plus en plus privé, du fait de la propriété privée des moyens de production. Cet antagonisme est à la base de la formation de deux grandes classes sociales aux intérêts antagoniques : la classe bourgeoise possédant les moyens de production et les utilisant pour exploiter le travail salarié ; la classe ouvrière, dépourvue de moyens de production et obligée de se salarier pour vivre. Il existe d’autres classes sous le régime capitaliste : les gros propriétaires fonciers qui afferment leurs terres à des fermiers capitalistes ou à des petits paysans producteurs, ou qui pratiquent la grande production capitaliste en exploitant des salariés agricoles ; les paysans petits producteurs, cultivant personnellement leurs propres terres avec des moyens peu développés ; ils sont aussi exploités par les grands propriétaires fonciers, les grands commerçants et usuriers ; seule une minorité de ces paysans rejoint la classe des gros propriétaires fonciers, l’autre partie se prolétarise dans la campagne ou migre vers la ville (exode rural). Les personnes à hauts salaires (y compris ceux de la bureaucratie de l’Etat) sont des alliés de la classe bourgeoise. Les employés et personnes à salaires modestes et les petits paysans sont des alliés de la classe ouvrière (même s’ils n’en ont pas conscience).

La classe ouvrière aujourd’hui

Dans les plus grands pays capitalistes, la répartition de l’emploi, ainsi que celle de la richesse produite (PIB), a beaucoup évolué : la part des services (environ 70%) est devenue prépondérante et est en nette progression, par rapport à celles de l’industrie (25 à 30%) et de l’agriculture(2 à 5%). Les économistes et sociologues au service de la bourgeoisie en tirent la conclusion que la classe ouvrière est en voie de disparition. Le message est clair et très nocif au plan idéologique : l’analyse marxiste serait dépassée, le capitalisme pourrait se développer sans ouvriers, et ce ne serait plus le travail des ouvriers qui ferait croître le capital ! La classe ouvrière n’a pas disparu. Ce qui a changé jusqu’à disparaître, ce sont ses moyens politiques de défense et d’action à une échelle correspondant à son poids économique. Les plus grandes multinationales, en termes d’effectifs de salariés ouvriers (Exxon, Shell, General Motors, Ford, Toyota, Sony, Nestlé) sont bien dans le secteur industriel du pétrole, de l’automobile, de l’agroalimentaire. La classe ouvrière s’internationalise. La composition et la répartition de la classe ouvrière par secteur d’activité économique ont donc effectivement beaucoup changé : la part des ouvriers du secteur des services est en nette progression, à l’inverse de celle des industries traditionnelles ; le développement des industries des nouvelles technologies induit un rapprochement stratégique entre le prolétariat industriel traditionnel et les techniciens et ingénieurs qui assurent une grande partie de la production de ces marchandises (mais, ce n’est pas mécanique, il faut y travailler !). Car, dans ces entreprises haute technologie, les propriétaires des moyens de production ont le même comportement vis-à-vis des techniciens, ingénieurs et cadres : leur payer un salaire toujours inférieur à la valeur des marchandises produites et échangées sur le marché pour réaliser … la différence, c’est-à-dire la plus-value ! Idem dans les services. (c’est d’ailleurs la logique du système capitaliste).

Le cycle de l’activité économique

En économie marxiste, le cycle de l’activité économique sous le régime capitaliste est habituellement décrit par la formule de circulation du capital :

A —> M —> M’—> A’.

Explication : A est l’argent engagé par le capitaliste pour acheter les marchandises M (attention : ce capitalavancé est lui-même constituéd’une plus value accaparée dans un cycle précédent ou dans une autrebranche, par accumulation) ; M représente la valeur des marchandises qui entrent dans laproduction de la nouvellemarchandise de valeur M’ produiteet qui, vendue sur le marché,rapportera l’argent A’.M se compose de capital constant (noté CC, valeur des bâtiments, machines, brevets, matières premières et auxiliaires, énergie, outils, y compris leur entretien), et de capital variable(noté CV, valeur de la force de travail).Après conversion en valeur monétaire, on peut additionner machines et force de travail, et on peut écrire : A = CC+ CV. L’activité n’a d’intérêt que si A’est supérieure à A : c’est cettedifférence positive A’ – A qui senomme la plus-value (notée PV). On peut donc écrire : A’ = A + (A’ - A), ou encore A’ = CC + CV + PV.Sous le régime de la petite productionmarchande, le capitalisme débutant, les petits producteurs et petitspaysans vendaient leurs marchandisespour acheter ce dont ils avaient besoinpour vivre et travailler. Le but de l’échange était l’utilité des marchandises, c’est-à-dire la valeur d’usage. La formule adéquate est : M —>A —>M’. Les instruments et matières premières de l’artisan, ou du petit paysan qui exploite directement son terrain, ne sont pas du capital au sens marxiste : lors de l’échange entre petits producteurs, l’argent circule, mais ce n’est pas du capital. Progressivement, et au bout d’un long processus historique, avec le développement de la production et du commerce des marchandises, la monnaie est apparue et est passée du stade d’équivalent général des marchandises au stade de forme de capital. Des sommes importantes de monnaie se retrouvent entre les mains de capitalistes(16ème siècle), lesquels deviennent ainsi capables de s’approprier des moyens de production et d’embaucher des travailleurs qui n’ont que leurs bras pour vivre. L’argent ne devient capital, ne« fait des petits », que s’il traverse un processus de production, dans un but d’enrichissement par l’exploitation d’autrui. Le capital n’est donc pas une chose ou un stock d’argent ou de machines(comme c’est repris dans les dictionnaires ou dans l’économie politique bourgeoise). Le capital est donc un rapport social.

Profit capitaliste et plus-value : comment A ’ peut être supérieur à A ou comment le capitaliste retire-t-il plus de valeur qu’il n’en a injectée ?

Pour les théoriciens au service de la bourgeoisie, le profit est le« salaire » du travail du capitaliste, ou encore, la rémunération du capital avancé. L’argent produirait de l’argent, et le travail un salaire, tout comme la terre donne des fruits. Adam Smith et David Ricardo, théoriciens de l’économie politique classique, définissent le profit comme le salaire d’une espèce de travail du capitaliste : « un travail d’inspection et de direction ». C’est une avancée théorique substantielle, car il devient désormais acquis que le capitaliste s’identifie avec la direction de l’entreprise capitaliste, c’est-à-dire avec la direction du travail d’exploitation de l’homme par l’homme. Mais cela n’explique pas pourquoi, dans une même branche d’industrie, les profits sont très différents d’une entreprise à une autre, alors que le travail de « surveillance » du capitaliste reste à peu près identique ? L’explication marxiste : parmi les marchandises que le capitaliste achète et vend, il y en a une, unique, qui est capable parelle-même de créer de la valeur : la force de travail. La valeur de cette marchandise, que le capitaliste achète sur le marché du travail, est déterminée par le temps socialement nécessaire à sa production. La différence capitale avec toutes les autres marchandises est que la production de la force de travail est singulière : toutes les marchandises sont produites en une seule fois, et leur valeur est créée en une seule fois ; tandis que la marchandise « force de travail » est créée et reproduite en permanenceparce qu’elle est vivante. En travaillant, l’ouvrier dépense de l’énergie, musculaire, mentale et nerveuse, il doit donc la renouveler pour se maintenir en santé et continuer de travailler. La valeur de ces moyens d’existence (facteur physiologique)et de reproduction (facteur historique)est le salaire : expression monétaire de la valeur de la force de travail. Ce que vend l’ouvrier au capitaliste, c’est la disposition pour un certain temps de sa force de travail. Mais, et c’est là une spécificité de la marchandise force de travail, à l’époque du capitalisme où la productivité du travail a beaucoup augmenté par rapport aux modes de production précédents, la force de travail fournit toujours plus de valeur qu’il n’est nécessaire pour son entretien, c’est-à-dire son salaire. Pour son usage, le capitaliste la fait travailler durant un temps plus grand (par exemple : 8 heures par jour contre 4 de temps de travail nécessaire à la reproduction. Le capitaliste ne paie donc à l’ouvrier qu’une partie de son temps de travail. Ainsi le temps de travail se décompose en temps de travail nécessaire (temps socialement nécessaire à la reproduction de la force de travail) et temps de surtravail passé à produire une valeur supplémentaire, la plus-value, appropriée gratuitement par le capitaliste.

Loi fondamentale du capitalisme

La recherche du plus grand profit conduit à réduire les coûts de production (dépenses en salaires et dépenses d’approvisionnement), et à augmenter la production (par l’augmentation de la durée de travail, l’intensification du travail, l’amélioration de la productivité.)Ceci implique, à force de travail donnée, une augmentation de CC /CV - c’est-à-dire une substitution relative de travail vivant (des salariés) par du travail mort (des machines incorporant l’expérience des salariés) - et donc une tendance à la baisse du taux de profit. Autrement dit, plus les machines sont nombreuses, plus la part du capital immobilisé est importante, et plus le taux de profit tend à baisser. Les techniques de production ne sont pas que des moyens de produire : les capitalistes ne les introduisent que si elles permettent d’accroître le profit. Les économies coloniales sont une illustration parfaite de ce comportement : pour le capitaliste, le travail n’est productif que s’il produit du profit, et l’ouvrier n’est productif que s’il y a une différence entre la valeur de la force de travail et la valeur créée dans le procès de production, c’est à-dire s’il y a exploitation - sans quoi, le travail doit être arrêté. L’intensification du travail est un autre moyen d’augmenter la plus-value. La loi tendancielle de la baisse du taux de profit, ou encore loi du taux moyen de profit indique une tendance et un niveau(limite inférieure) du profit capitaliste. Mais, la loi fondamentale du capitalisme est la recherche du profit maximal. En recherchant, en permanence, toujours plus de profit, les capitalistes stimulent le progrès technique et développent les forces productives. Mais le but immédiat de la production capitaliste n’est pas la production de marchandises, et encore moins la satisfaction des besoins de la société. Ce sont là les véritables causes du chômage, licenciements, « délocalisations » et« restructurations ». Cette loi entraîne l’aggravation de l’exploitation de la classe ouvrière, l’appauvrissement de la majeure partie de la population, de peuples entiers par les guerres de conquête et de colonisation, la militarisation de l’économie. Les luttes syndicales qui ne remettent pas en cause ce but fondamental du capitalisme ne peuvent être suffisantes et ne débouchent que sur des gains temporaires. Il faut donc renverser le capitalisme. Les patrons capitalistes développent un véritable syndicalisme de leur classe : formation d’unions patronales, journaux de propagande dans les entreprises, association des salariés par l’actionnariat, séduction des travailleurs par les promotions et avantages maison, création de syndicats jaunes, division des syndicats combatifs, … Les ouvriers doivent, eux aussi, se défendre, et s’unir en syndicats pour ne pas être isolés face aux patrons capitalistes. Ils disposent pour cela d’une arme redoutable : la grève. Les grandes conquêtes ouvrières ont été réalisées(réduction de la journée de travail, salaire minimum, sécurité sociale, congés payés,…) grâce à un engagement massif et ferme sur les principes, avec une haute conscience de classe, à l’échelle nationale et internationale.

Le surtravail est une réalité.

Dans les modes de production antérieurs au capitalisme, la séparation était plus nette (dans le temps et même dans l’espace) : sous le régime esclavagiste, l’esclave et son produit étaient entièrement propriété du maître ; sous le régime féodal, le serf possédait les produits de son travail mais savait qu’il devait travailler un certain nombre de jours pour le seigneur(en corvée ou en payant un impôt). Sous le régime capitaliste, le salaire est payé à la fin du travail fourni, la séparation des deux temps se trouve masquée, et donc l’exploitation ou le vol capitaliste est moins apparent. En réalité, sous le régime capitaliste il ne peut exister de juste salaire : les ouvriers doivent se battre pour des salaires qui leur permettent de satisfaire correctement leurs besoins de l’époque, en sachant que la seule justice durable est la suppression de l’appropriation privée du travail gratuit, donc du capitalisme.