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« Terrorisme » : la face répugnante l’impérialisme !

dimanche 10 janvier 2016

par Maurice Cukierman

Le mot « terrorisme » peut renvoyer à des réalités fort différentes voire contradictoires si l’on ne procède pas à une analyse sérieuse des actions qui font l’objet de cette qualification : les nazis et les collaborateurs cataloguaient la Résistance de « terroriste » au même titre que les Français le feront pour les combats de libération nationale des peuples indochinois ou algérien et les israéliens pour celui des Palestiniens ! Il faut donc faire la différence entre les formes de combats imposées aux peuples par l’oppression, prolongeant la lutte politique de masse qui ne pourrait s’affirmer sans elle, et le terrorisme, qui, lui, paralyse l’action populaire en instaurant la peur au profit de l’ordre social dominant. De ce point de vue le capitalisme a toujours utilisé le terrorisme comme machine de guerre contre la classe ouvrière et ses organisations notamment à l’époque de l’impérialisme.

Pour rester dans un passé récent on évoquera la stratégie de la tension en Italie, où la CIA, les services secrets italiens et de l’OTAN ont utilisé la Maffia, les groupes néofascistes, les Brigades prétendument rouges, pour multiplier les attentats sanglants (comme à la gare de Bologne, 85 morts et 200 blessés) visant à provoquer un coup d’État militaire ou à mettre le mouvement ouvrier à la remorque de la bourgeoisie au nom de l’anti-fascisme. D’autres pays capitalistes européens ont connu cette situation dans les années soixante/quatre-vingt. Dans le même temps, la CIA, le MOSAD et les services secrets sud-africains ont formé et financé des groupes terroristes qui ont agi en Amérique Latine et en Afrique Australe. C’est ainsi que l’un des chefs des groupes terroristes « noirs » italiens, Stéfano della Chiave, en fuite après l’attentat de Bologne, deviendra un des conseillers politiques de Jonas Sawimbi qui fera régner la terreur en Angola après l’indépendance. Les Britanniques et les États-uniens, pour contrôler le Moyen-Orient, ont particulièrement soigné l’organisation des Frères Musulmans en liaison étroite avec les monarchies du Golfe et de l’Arabie Saoudite. Ils furent l’instrument terroriste contre les régimes bourgeois nationalistes de la région, particulièrement contre Nasser et les régimes baathistes de Syrie, d’Irak et les républicains du Yémen du Nord. Si sa particularité est la mise en avant de sa référence religieuse, on ne saurait oublier que l’OAS a été créée à partir d’organisations catholiques intégristes comme les Chevaliers du Christ-Roi. L’OAS a fourni après sa défaite toute une partie des cadres, via le Portugal de Salazar, des écoles de terrorisme créées par l’impérialisme américain en Amérique centrale, pour lutter contre les guérillas, le mouvement démocratique et révolutionnaire, les mouvements de libération en Afrique, etc. En fait, l’étendard religieux est dans le premier cas destiné aux masses populaires paysannes et de la petite bourgeoisie des villes, et dans le second pour regrouper les éléments de l’aristocratie déclassée. Cependant l’Afghanistan en 1979 va constituer un tournant dans l’utilisation du terrorisme.

Afghanistan : l’élevage des « pit-bulls » pour l’impérialisme !

La révolution afghane de 1978-1979 va susciter une profonde inquiétude de l’impérialisme américain et de ses alliés. Toute la région est ébranlée : le régime dictatorial pakistanais se trouve menacé, la bourgeoisie indienne pourrait en profiter pour jouer pleinement son rôle sur l’échiquier mondial. Les USA perdent leur contrôle sur l’Iran, base de leurs opérations anti-soviétiques. Enfin cela prolonge toute une série d’avancées du mouvement démocratique-révolutionnaire dans le monde. Les USA vont mobiliser le ban et l’arrière ban de leurs alliés. L’objectif est de créer le chaos sur les frontières soviétiques : Pakistan, Arabie Saoudite, États du Golfe vont être chargés de recruter des mercenaires auxquels la CIA va apprendre à tuer, à torturer et à avoir une « politique de communication » pour leurs crimes du type « escadrons de la mort » en Amérique Latine. C’est ce qui explique la référence religieuse au plan idéologique : il faut que les crimes horribles qui sont commis puissent trouver une justification théologique. Les instituteurs, comme les soldats soviétiques, les femmes progressistes, les médecins etc., seront dépecés et photographiés, filmés pendant leur agonie. Les monuments historiques détruits, les musées pillés. Mais l’Occident ne trouve pas un mot de condamnation à ce moment-là. Ils sont tous complices parce que l’objectif, c’est la lutte contre l’Union soviétique et le mouvement communiste ! Des centaines de millions de dollars, des armes, arrivent à flot au Pakistan, pour soutenir la contre-révolution afghane. Pas seulement des États-Unis et des monarchies pétrolières, mais de la France (financement du Commandant Massoud), de la Grande Bretagne, de la RFA. Et de la Chine qui n’est pas en reste dans la grande alliance anti-soviétique et anti-communiste. Ce financement génère un trafic d’héroïne et de cocaïne permettant de financer la campagne terroriste au Nicaragua et implique l’Iran qui d’un côté s’oppose aux États-Unis, mais de l’autre tente de jouer ses propres cartes contre la révolution afghane en suscitant des groupes terroristes chez les chiites.

Les pit-bulls mordent leur maître.

Finalement la lutte contre l’Afghanistan populaire, le plus gros investissement sur une opération des USA, va parvenir à ses fins à cause de la trahison de Gorbatchev et de la victoire de la contre-révolution en URSS. Mais cela va générer de nouvelles contradictions qui n’étaient pas prévues. Tout d’abord sur le terrain les ambitions des puissances qui ont soutenu les terroristes vont s’affronter violemment. C’est finalement les Talibans qui vont l’emporter, assurant une domination pakistanaise relative. Mais un deuxième problème surgi. Des milliers de mercenaires des pays arabes avaient été recrutés pour aller se battre contre l’armée soviétique et le régime populaire. Or la révolution vaincue, l’argent arrête de se déverser et les mercenaires doivent rentrer chez eux, notamment ceux qui étaient dans la mouvance de l’Arabie Saoudite et du Qatar. Ils sont mécontents du fait que ceux qui les avaient largement financés et soutenus jusque-là les lâchent et se méfient des « infidèles ». C’est le cas de Ben Laden qui a fondé Al Qaïda et qui n’entend pas se ranger. D’autres continuent d’entretenir, via les Frères musulmans, des relations avec les monarchies pétrolières. Tous vont être disponibles pour tous les mauvais coups. Ainsi le Front Islamique du Salut (FIS) va déclencher une guerre civile atroce en Algérie avec la complicité de certains milieux en France et en Angleterre. Les chiens étaient lâchés au service des familles féodales qui, par l’intermédiaire des pétrodollars, intègrent l’oligarchie financière internationale et veulent participer au partage des profits et du monde. Le Qatar, actuellement le principal soutien des Frères musulmans, pépinière des groupes djihadistes, achète en France, des journaux, le Paris Saint-Germain, des Grands Magasins, financent des bourses universitaires pour des Syriens à la Sorbonne, achète de l’armement et … la coupe du monde de football.

Ce sont ces mêmes groupes terroristes qui vont être utilisés en Libye pour assassiner le colonel Kadhafi et renverser un régime qui assurait à sa population le plus haut niveau de vie de l’Afrique, plongeant le pays, avec les bombes françaises, le soutien du PS et la bénédiction de Total, dans un chaos dramatique. Car la Méditerranée orientale recèle des gisements de pétrole et de gaz qui font saliver le capital impérialiste. Il s’agit donc d’en contrôler les côtes et l’accès. Profitant d’un mécontentement social légitime de la population en Syrie, les mercenaires terroristes ont donc été transférés de Libye dans ce pays, lui imposant une guerre dont l’horreur n’a rien à envier à celles précédemment évoquées. Les contradictions s’aiguisant entre puissances impérialistes, extérieures ou de la région, certains groupes vont jouer leur propre jeu en liaison avec telle ou telle puissance souvent locale (Turquie, Qatar, Arabie Saoudite). L’impérialisme français, qui n’a jamais abandonné l’idée de rétablir sa tutelle sur la Syrie va soutenir, financer, entrainer les organisations terroristes en Syrie. Mais en 2014, il va se retrouver seul à vouloir recommencer l’opération libyenne en Syrie. C’est le moment de la création de Daesh en Syrie. Et on y retrouve les mêmes procédés mis au point en Afghanistan. Les intérêts pétroliers et le contrôle des routes commerciales, sont derrière, mais pour qui ? Sans oublier le rôle de l’État sioniste d’Israël, la situation reléguant au second plan la question palestinienne. Mais une chose est sûre, les massacres de Paris sont le résultat de la politique impérialiste de ces quarante dernières années et les gouvernements français y ont leur part. Rappelons-nous le fameux «  Les gars d’Al Nostra font du bon boulot en Syrie » de Laurent Fabius protestant contre l’inscription de cette organisation sur la liste américaine des organisations terroristes ! Et il faut être aveugle pour ne pas voir que l’exaltation des assassins terroristes en Syrie n’a pu qu’encourager à les rejoindre des jeunes gens et jeunes filles, issues du lumpenprolétariat ou de secteurs de la société en graves difficultés sociales. On se rappellera qu’il s’agit des mêmes milieux dans lesquels recrutaient les terroristes des années trente : les fascistes et les nazis ! Et pour les mêmes intérêts : ceux du capital financier.