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Grande-Bretagne : Brexit : Est-ce vraiment la question ?

mardi 12 avril 2016

Le référendum qui doit avoir lieu au Royaume Uni (UK) le 23 juin 2016 fait l’objet d’un débat politique important. Ce "Brexit" comme le nomme les publicistes doit décider du maintien ou non du Royaume Uni dans l’Union Européenne (UE). Il n’est pas si sûr pourtant que les questions essentielles soient abordées dans ce débat.
En effet, et les événements récents liés aux révélations du "Panama papers" le montrent, ce qui est en jeu, c’est la place du Royaume Uni comme place financière mondiale du capital monopoliste.
Le Royaume Uni est bien membre de l’UE mais ne fait pas partie de la zone Euro. Il n’appartient pas à l’espace Schengen et son activité principale tourne autour des établissements financiers de la City. Il est une des plus grande zone financière "offshore" du Monde, bien avant le Luxembourg. Le journal la Dépêche du Midi donne la définition suivante de ces zones financières : " il s’agit de places organisées par certains États ou certains territoires qui réservent des règles spécifiques semblables à celles des paradis fiscaux aux seules opérations internationales n’ayant aucun lien avec une activité économique au sein de leur territoire. Ce régime repose sur l’application de règles distinctes aux résidents et aux non-résidents. Ainsi, le centre exerce des activités, essentiellement financières, destinées aux seuls non résidents. Ces centres offrent donc à une clientèle étrangère des services de gestion financière rémunérés en devises". Le Royaume-Uni est une des grandes plaques tournantes des mouvements mondiaux des capitaux où il opère à l’abri d’une législation peu contraignante qui lui laisse les mains libres et qui représente un refuge sûr pour les capitaux en provenance d’Asie, du Moyen-Orient, des USA... Autant dire que la City dicte sa politique au Royaume Uni et le premier ministre Cameron en est son actuel fondé de pouvoir. Pour la City, la question du "Brexit" est secondaire, ce qui est premier c’est sa liberté de continuer sans contrainte son activité au service du capital international. De ce point de vue elle a déjà engrangé un succès, celui des concessions faites par l’UE à Cameron qui font qu’en cas de maintien dans l’UE le Royaume uni sera assuré d’une situation d’exception lui permettant de ne pas avoir à respecter des règles communautaires qui lui apparaissent comme contraignantes. Cependant, la possibilité d’un vote majoritaire pour la sortie de l’UE n’est pas exclue, cette sortie est portée en particulier par les forces nationalistes et une part importante du parti conservateur. Elle est soutenue par les entreprises moyennes qui n’ont que peu de rapport avec le grand commerce extérieur en particulier avec l’Union Européenne. Notons que plus de 50 % des échanges se font avec l’UE.
Du côté des mouvements nationalistes écossais, la sortie de l’UE serait le prétexte pour faire valoir par un nouveau référendum leur volonté d’indépendance comme province rattachée directement à l’UE.
De son côté le parti travailliste milite pour le maintien dans l’UE. Ce point de vue n’affole pas la City puisque dans ce cas elle pourrait continuer dans des conditions semblables à celle d’aujourd’hui à servir les intérêts monopolistes.
En définitive, cette question du « Brexit » renvoie à quelque chose de plus fondamental. L’UE comme construction capitaliste et impérialiste peut-elle faire face à son développement différencié ? Entre le capitalisme industriel Rhénan et celui de la haute finance, les besoins sont différents et l’affrontement est permanent pour assurer la domination dans le système impérialiste lui-même et en Europe même.
Le « Brexit » est donc l’expression de ces tensions qui soulignent combien sont vides les mots d’ordres de sortie de l’Europe et de l’Euro sans que soit mise à l’ordre du jour la lutte pour abattre le système qui génère précisément ces contradictions.